‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 609 sur 716 · ACTE U, SCENE I. S7i · texte numérisé non relu

ACTE U, SCENE I. S7i

Conservait sous la cendre encor le même orgueil. D'où lui Tient , cher ami » cette impudente audace? Toi , qui dans ce palais vois tout ce qui se passe , Crois-tu que qndque voix ose parler pour lui? Sur qud roseau fragile a-t-il mis son appui ?

HTDASPE.

Seigneur, vous le savez, son avis salutaire Découvrit de Tharès le complot sanguinaire. Le roi promit alors de le récompenser : Le roi , depuis ce temps, parait n'y plus penser.

AMAN

Non , il faut à tes yeux dépouiller l'artifice :

J'ai 80 de mon destin corriger l'injnstice :

Dans les mains des Persans jeune enfant apporté ,

Je gouverne Tempire où je fus acheté ;

Mes richesses des rois égalent Topnlenoe ;

Environné d'en&nts, soutiens de ma puissance ,

11 ne manque à mon front que le bandeau royal : Cependant (des mortels aveuglement ûttal t) De cet amas d'honneurs la douceur passagère Fait sur mon cœur à peine une atteinte légière ; Mais Mardochée, assis aux portes du palais, Dans ce cœur malheureux enfonce mille traits ; Et toute ma grandeur me devient insipide Tandis que le soleil édaire ce perfide.

HYDASPE

Vous serez de sa vue affranchi dans dix jours : 1^ nation entière est promise aux vautours.

AMAN

Ah ! que ce temps est long à mon impatience ! C'est lai (je te veux bien confier ma vengeancej C'est lui qui , devant moi refusant de ployer, Les a livrés au bras qui les va foudroyer. C'était trop peu pour moi d'une telle victime : La Yeogeance trop faiUe attire un second crime. Un homme tel qu'Aman , lorsqu'on l'ose irriter. Dans sa juste fureur ne peut trop éclater. Il faut des châtiments dont l'univers frémisse ; Qu'on tremble en comparant l'offense et le supplice; Que les peuples entiers dans le sang soient noyés. Je veux qu'on dise un jour aux siècles effrayés :

573 ËSTUëR.

Il Alt des Juifs; il fut une insolente race; Répandas sur la terre , ils en couTraient la face : Un seul osa d'Aman attirer le oonrroax ; Aussitôt de la terre ils disparurent tous.

HYDASPE

Ce n'est donc pas » seigneur, le sang amalédte Dont la Toix à les perdre en secret vous excite ?

AMkn.

Jesaisque, descendu de ce sang malheureux , Une étemdle hûne a dû m'armer contre eux ; Qu'ils firent d'Amalec un indigne carnage ; Que , jusqu'aux tîIs troupeaux , tout prouva leur rage; Qu'un déplorable reste à peine fut sauTé : Mais, crois-moly dans le rang où ]e suisétové. Mon âme, à ma grandeur tout entière attachée, Des intérêts du sang est foibleme&t touchée. Mardochée est ooupaUe ; et que faut-O de plus ? Je prévins donc contre eux l'esprit d'Assuérus; J'inventai des couleurs ; j'armai la calomnie ; J'mtéressai sa gloire; il trembla pour sa vie : Je^les peignis puissants , riches , séditieux ; Leur dieu même ennemi de tous les autres dieux. Jusqu'à quand souf&e-t-on que œ peuple respire , Et d'un culte profime infecte yotre em^re ? Étrangers dans la Perse, à nos lois opposés, Du reste des humains Us semblent divisés , N'aspirent qu'à troubler le repos oh nous sommes , Et détestés partout détestent tous les hommes. Prévenez, punissez leurs insolents efforts ; De leur dépouille enfin grossissez vos trésors. Je dis ; et Ton me crut. Le roi , dès l'heure même , Mit dans ma main le sceau de son pouvoir suprême : Assure , me dit-il , le repos de ton roi ; Va , perds ces mallieureux : leur dépouille est à toi. Toute la nation fut ainsi condamnée.

Du carnage avec lui je réglai la journée. Mais de ce traître enfin le trépas différé Fait trop souffrir mon cœur de son sang alléré. Un je ne sais quel trouble empoisonne ma joie. Pourquoi dix jours eucor faut-il que je le voie?

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