ACTE I, SCENE V. 6I
lléias ! ce peuple iugrat a méprisé ta loi. La nation chérie a violé sa foi; Elle a répudié son époux, et son père , Pour rendre à d'autres dieux un honneur adultère t Maintenant elle sert sous un mattre étranger. Mais c'est peu d*ètre esclave, on la veut égorger : Nos superl)es vainqueurs , insultant à nos larmes , Imputent à leurs dieux le bonheur de leurs armes , £t veulent aiûourd'hui qu'un même coup mortel Abolisse ton nom , ton peuple , et ton autel. Ainsi donc un perfide , apri» tant de miracles , Pourrait anéantir la foi de tes Grades , ^ Ravirait aux mortels le plus cher de tes dons. Le saint que tu promets , et que nous attendons? Non , non , ne souffre pas que ces peuples farouches , Ivres de notre sang , ferment les seules bouches Qui dans tout l'univers célèbrent tes bienfiiits;
Et confonds tous ces dieux qui ne furent jamais. Pour moi , que tu retiens parmi ces infidèles ,
Tu sais combien je hais leurs fêtes cnmineUes,
¥A que je mets au rang des profenations
Leur table , leurs festins , et leurs lil»ati<His ;
Que même cette pompe où je suis condanmée ,
Ce bandeau dont il faut que je paraisse ornée
Dans ces jours solennels à l'orgueil dédiés ,
Seule et dans le secret je Iç foule à mes pieds; ^ Qu'à ces vains ornements je préfère la cendre ,
Et n'ai de goût qu'aux, pleurs que tu me vds répandre
J'attendais le moment marqué dans ton arrêt ,
Pour oser de ton peuple embrasser l'intérêt :
Ce moment est venu ; ma prompte obéissance
Va d'un roi redoutable affironter la présence.
C'est pour toi que je marche : accompagne mes pas
Devant ce fier lion qui ne te connaît pas ;
Commande en me voyant que son courroux s'apaise»
Et prête à mes discours un charme qui lui plaise.
Les orages , les vents , les deux te sont soumis :
Tourne enfin sa fureur contre nos ennemis.
>C« ESTHER