‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 653 sur 716 · ACTE II, SCÈNE I. 5A · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I. 5A

RYDASPE.

Vous savez qu'on s'en peut reposer sur ma fui ; Que oes portes, seigneur, n'obéissent qu'à moi. Venez. Partout ailleurs on pourrait nous entendre.

AMAN

Quel est donc le secret que tu me veux apprendre ?

HYDASPE

Seigneur, de vos bien&its mille fois honoré , Je me souviens toujours que je vous ai juré D'exposer à vos yeux , par des avis sincères , Tout ce que ce palais rôiferme de mystères. Le rd d^iul noir chagrin parait enveloppé ; Qudqne songe efihiyant cette nuit Ta frappé. Pendant que tout gardait un silence paisible , Sa voix s'est fait entendre avec un cri terrible. J'ai couru. Le désordre était dans ses discours : Il s'est plaint d'un péril qui menaçait ses jours ; Il parlait d'ennemi , de ravisseur fioronche ; Même le nom d'Esttier est sorti de sa bouche. Il a dans ces horreurs passé tonte la nuit. Enfin , las d'appeler un sommeO qui le ftiit , Pour écarter de lui ces images fànâires, H s'est fait apporter ces annales célèbres Où les faits de son règne, avec soin amassés , Par de fid^es mains chaque jour sont tracés ; On y conserve écrits le service et l'ofTense . Monuments étemels d'amour et de vengeance. Le roi , que j'ai laissé plus calme dans son lit y D'une oreille attentive écoute ce récit.

AMAN

De quel temps de sa vie a-t-il choisi Thistoirc ?

RTUASPE.

II revoit tous ces temps si remplis de sa gloire , Depuis le fameux jour qu'au trône de Cyrtis Le choix du sort plaça l'heureux Assuéros.

AHAM.

Ce songe , Hydaspe , est donc sorti de son idée ?

inOASPE.

Kntre tous les devins fameux dans la Chaldéc , 11 a fait assembler ceux (|ui savent le mieux Lire en un songe obscur les vulonlés des cîcux...

&70 ESTBI^.

Miiis quel trouble vous-même aujourd'hui vous agite? Voire àme en m'écouUnt parait tout interdite : Llieureux Aman a-t-il qudqnes secreU ennuis?

AMAN

Peux-tu le demander dans la place où je suis ?

Haï, craint, envié, souvent plus misérable

Que tous les malheureux que mon pouvoir accable !

HTDASPB.

Hé I qui jamais du del eut des regards phis doux ? Vous voyez l'univers prosterné devant vous.

AMAN

L'univers! Tous les jours un homme... un vil esclave» D'un front audadeux me dédaigne et me brave.

HTBASPE.

Quel est cet ennemi de l'État et du roi ?

AMAM.

Le nom de Mardochée est-il connu de toi ?

BVnASPE.

Qui ? ce chef d'une race abominable , impie ?

AMAM.

Oui , lui-même.

bthabpi.

Hé , seigneur 1 d'une si belle vie Un si faible ennemi peut-il troubler la paix?

L'insolent devant moi ne se courba jamais.

En vain de la faveur du plus grand des monarques

Tout révère à genoux les glorieuses marques;

Lorsque d'un saint respect tous les Persans touchés

N'osent lever leurs fronts à la terre attachés,

Lui , fièrement assis , et la tète immobile ,

Traite tous ces honneurs d'impiété seryile ,

Présente à mes regards un front séditieux ,

Et ne daignerait pas au moins baisser les yeux.

Du palais cependant il assiège la porte ;

A quelque heure que j'entre, Hydaspe, ou que je sortes

Son visage odieux m'afiligeet me poursuit;

Et mon esprit troublé le voit encor la nuit.

Ce matia j'ai voulu devancer la lumière :

Je l'ai trouvé couvert d'une affreuse poussière,

Revêtu de lambeaux , tout pûlo; mais son œil

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