ACTE U, SCÈNE I. 5?t
Conservait sous la cendre eooor le même orgueil. D'où lui vient , cher ami , cette impudente audace? Toi , qui dans ce palais vois tout ce qui se passe , Crois-tu que quelque voix ose parier pour lui? Sur quel roseau fragile a-t41 mis son appui ?
HYDASPE
Seigneur, vous le savez, son avis salutaire Découvrit de Tharès le complot sanguinaire. Le roi promit alors de le récompenser : Le roi , depnis ce temps , parait n*y plus penser.
AMAN
Non , il faut à tes yeax dépouiller l'artifice : J'ai su de mon destin corriger Tinjnstiee : Dans les mains des Persans jeune enfant apporté , Je gouverne Tempire où je fus acheté ; Mes richesses des rois égalent Topolenoe ; Environné d'enfants, soutiens de ma puissance , 11 ne manque à mon front que le bandeau royal : Cependant (des mortels aveuglement fatal t) De cet amas d'honneurs la douceur passagière Fait sur mon cœur à peine une atteinte l^re ; Mais Mardochée , assis aux portes du palais , Dans ce cceur malheureux enfonce mille traits ; Et toute ma grandeur me devient insipide Tandis que le soleil édmre ce perfide.
HVnASPE.
Vous serez de sa vue affranchi dans dix jours : I^ nation entière est promise aux vautours.
AMAN
Ah ! que ce temps est long à mon impatience ! C'est lui (je te veux bien confier ma vengeance j C'est lui qui , devant moi refusant de ployer, Les a livrés au bras qui les va foudroyer. C'était trop peu pour moi d'une telle victime : La vengeance trop faiUe attire un second crime. Un homme tel qu'Aman , lorsqu'on l'ose irriter, Dans sa juste fureur ne peut trop éclater. U faut des châtiments dont l'univers frémisse ; Qu'on tremble en comparant l'offense et le supplice; Que les peuples entiers dans le sang soient noyés. Je veux qu'on dise un jour aux siècles effrayés :
&7S KSTilËR.
li fui des Juifs; il Ait une insolente race ; Répandus sur la terre , ils en couvraient la face : Un seul osa d'Aman attirer le courroux ; Aussitôt de la terre ils disparurent tous.
HYDÀSPB.
Ce n'est donc pas , seigneur, le sang amalécite Dont la Toix à les perdre en secret vous excite ?
AMAN
Je saisque, descendu de ce sang malheureux,
Une étemèUe h^ne a dû m'armer contre eux ;
Qu'ils firent d'Amalec un indigne carnage ;
Que , jusqu'aux tUs troupeaux , tout éprouva leur rage;
Qu'un déplorable reste à peine fut sauvé :
Mais , crois-moi , dans le rang oh )e suis élevé ,
Mon Ame, à ma grandeur tout entière attachée,
Des intérêts du sang est fiftiblement touchée.
Mardochée est coupable; et que fout-H de plus ?
Je prévins d<Mic contre eux l'esprit d'Assuérus;
J'in voitai des couleurs ; j'armai la calonmie ;
J'intéressai sa gloûe; fl trembla pour sa vie :
Je^les peignis puissants , riches , séditieux ;
Leur dieu même enn«ni de tous les autres dieux.
Jusqu'à quand souf&e-t-on que ce peuple respire ,
£t d'un culte profane infecte votre empire ?
Étrangers dans la Perse, à nos lois opposés ,
Du reste des humains ils semUent divisés ,
N'aspirent qu'à troubler le repos où nous sommes ,
£t détestés partout détestent tous les hommes.
Prévenez , punisseï leurs insolents efforts ;
De leur dépouille enfin grossissez vos trésors.
Je dis ; et Ton me crut. Le roi , dès l'heure même ,
Mit dans ma main le sceau de son pouvoir suprême :
Assure , me dit-il , le repos de ton roi ;
Va , perds ces malheureux : leur dépouille est à toi.
Toute la nation fut amsi condamnée.
Du carnage avec lui je réglai la journée.
Mais de ce traître enfin le trépas différé
Fait trop souffrir mon cœur de son sang altéré.
Un je ne sais quel trouble empoisonne ma joie.
Pourquoi dix jours eucor faut -il que je le voie?