‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 660 sur 716 · ACTE I, SCÈNE I. M»fc · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. M»fc

Il lui feint qu'en un lieu que vous seul connaisses Vous cachez des trésors par David amasses. Enfin , depuis deux jours la superbe Atbalie- Daus un sombre chagrin parait ensevelie. Je Tobservais hier, et je voyais ses yeux Lancer sur le lieu saint des regards furieux ; Gomme si , dans le fond de ce vaste édifice , Dieu cachait un vengeur armé pour son supplice. Croyez-moi , plus j*y pense , et moins je puis douter Que sur vous son courroux ne soit près d'éclater, Et que de Jézabel la fille sanguinaire Ne vienne attaquer Dieu jusqu'en son sanctuaire.

t ^ JOAD.

Celui qui met un frein à la fureur des flots

Sait aussi des méchants arrêter les complots.

Soumis avec respect à sa volonté sainte ,

Je crains Dieu , cher Abner, et n'ai point d'autre crainte.

Cependant je rends grâce au zèle officieux

Qui sur tous mes périls vous fait ouvrir les yeux.

Je vois que l'injustice en secret vous irrite ,

Que vous avez encor le cœur israâile.

Le ciel en soit béni ! Mais ce secret courroux ,

Cette oisive vertu , vous en content^- vous?

La foi qui n'agit point , est-ce une foi sincère ?

Huit ans déjà passés » une impie étrangère

Ou sceptre de David usurpe tous les droits,

Se baigne impunément dans le sang de nos rois ,

Des enfants de sou fils détestable homicide ,

Et même contre Dieu lève son bras perfide :

Et vous, l'un des soutiens de ce tremblant État,

Vous , nourri dans les camps du saint roi Josaphat ,

Qui sous son fils Joram commandiez nos armées .

Qui rassurâtes seul nos villes alarmées ,

Lorsque d'Ochozias le trépas imprévu

Dispersa tout son camp à l'aspect de Jéhu ;

Je crains Dieu , dites-vous, sa vérité me touche'

Voici comme ce Dieu vous répond par ma bouche :

«< Du zèle de ma loi que sert de vous parer.'

•< Par ()e stériles vœux pensez-vous m'honorer.'

« Quel fruit me revient-il de tous vos sacrifices ?

• Ai-jc besoin du sang des boucs et, des génisses ?

CM ATHALIK.

n Le saiig de vos roiB crie , et n'est poiât éconté. • Rompes, rompez tout pacte ayec Timpiété; « Du mâieu de mon peuple exterminez les crimes : « Et TOUS Tiendrez alors m'immoler vos victimes. »

ABNRR.

Hé! qne puis-je au milieu de ce peuple atMittu P Benjamin est sans force , et Juda sans vertu : Le jour qui de leurs rois Tit éteindre la race Éteignit tout le feu de leur antique audace. Dieu même, disent-ils, s'est retiré de nous : De l'honneur des Hébreux autrefois si jaloux , Il voit sans intérêt leur grandeur terrassée ; Et sa miséricorde à la (in s'est lassée : On ne voit plus pour nous ses redoutables mains De merveilles sans nombre effrayer les humains : L'arche sainte est muette , et ne rend plus d'oracles.

Et quel temps fut jamais si fertile en miracles?

Quand Dieu par plus d'effets montra-t-ii son pouvoir?

Auras-tu donc toujours des yeux pour ne pmnt voir.

Peuple ingrat? quoi ! toiyours les plus grandes mervetUct»

Sans ébranler ton cœur fhipperont tes oreilles ?

Faut-il , Aboer, faut-il tous rappeler le oours

Des prodiges fameux accomplis en nos jours :

Des tyrans d'Israël les célèbres disgrâces.

Et Dieu trouvé fidèle en toutes ses menaces ;

L'impie Acbab détruit, et de son sang trempé

Le champ que par le meurtre il avait usurpé ;

Près de ce champ fatal Jézabel immolée ;

Sous les pieds des chevaux cette reine foulée;

Dans son sang inhumain les chiens désaltérés,

Et de son corps hideux les membres déchirés ;

Des prophètes menteurs la troupe confondue.

Et la flamme du ciel sur l'autel descendue ;

Élie aux éléments parlant en souverain ,

Les deux par lui fermés et devenus d'airain ,

Et la terre trois aus sans pluie et sans rosée ;

Les morts se ranimant à la voix d*Élisée ?

Reconnaissez, Abner, à ces traits éclatants,

Un Dieu tel aujourd'hui qu'il fut dans tous les temps.

Il sait , quand il lui platt , faire éclater sa gloire :

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