‹ Théâtre complet de J. RacineChapitre 663 sur 716 · ACTE i, SCÈNK II. f»(W · texte numérisé non relu

ACTE i, SCÈNK II. f»(W

Autant que je le puis J'évite sa présence , De peur qu'en le voyant quelque trouble indiscret Ne fasse avec mes pleurs échapper mon secret. Surtout j'ai cru devoir aux larmes , aux prières , Consacrer ces trois jours et ces tro& nuits entières. ciependant aujourd'hui puis-jc vous demander Quels amis vous avez prêts à vous seconder.:* Abner, le brave Abner viendra-t^l nous défendre? A-t-il près de son roi fait serment de se rendre ?

« JOAD

Abner, quoiqu'on se pût assurer sur sa foi , Ne sait pas même encor si nous avons un roi.

JOSABET.

Mais ^ qui de Joas confiez-vous la garde .^

Est-ce Obed , est-ce Amnon que cet honneur regarde ?

De mon père sur eux les bienfaits répandus...

JOAO.

A l'injuste Athalie ils se sont tous vendus.

JOSABET.

Qui donc opposez- vous contre ses satellites?

JOAD

Ne VOUS l'ai-je pas dit? nos prêtres , nos lévites.

JOSABET.

Je sais que , près de vous en secret assemblé ,

Par vos soins prévoyants leur nombre est redoublé ;

Que , pleins d'amour pour vous , d'horreur pour Athalie,

Un serment solennel par avance les lie

A ce fils de David qu'on leur doit révéler.

Mais, quelque noble ardeur dont ils puissent brûler,

Peuvent-ils de leur roi venger seuls la querelle?

Pour uns! grand ouvrage est-ce assez de leur zèle?

Doutez-vous qu'Athalie, au premier bruit semé

Qu'un fils d'Ochozias est ici renfermé ,

De ses fiers étrangers assemblant les cohortes .

N'environne le temple , et n'en brise les portes?

Soffira-t-il contre eux de vos ministres saints ,

Qui , levant an Seigneur leurs innocentes mains ,.

Ne smeùi que gémir et prier pour nos crimes.

Et n*ont jamais versé que le sang des victimes ?

Peut-être daûs leurs bras Joas percé de coups..-

JOAO.

Kt comptez- vous pour rien Dieu qui combat pour nous?

613 ATHALIK.

Dieu , qui de rorplielln protège rinnoeence ,

Et fait dans la faà}les8e éclater sa puissauce ;

Dieu , qui liait les tyrans , et qui dans Jezraël

Jura d'exterminer Achab et Jézabel ;

Dieu , qui , frappant Joram le mari de leur fille ,

A jusque sur son fils poursuivi leur famille ;

Dieu , dont le bras yengeur, pour un temps susi^ihIu ,

Sur cette race impie est toujours étendu?

£t c'est sur tous ces rois sa justice sévère . Que je crains pour le fils de mon malheureux fVère. Qui sait si cet enfant , par leur crime entraîné , Avec eux en naissant ne fut pas condamné ? Si Dieu ^ le séparant d'une odieuse race. En faveur de David voudra lui faire grâce ? Hélas ! l'état horrible où le ciel me l'offrit Revient à tout moment effrayer mon esprit De princes égorgés la chambre était remplie : Un poignard à la main , l'implacable Athalie Au carnage animait ses barbares soldats, Et poursuivait le r^urs de ses assassinats. Joas , laissé pour mort , trappa soudain ma vue - Je me figure encor sa nourrice éperdue , Qui devant les bourreaux s'était jetée en vain , £t , faible , le tenait renversé sur son sein. Je le pris tout sanglant. En baignant son visage , Mes pleurs du sentiment lui rendirent l'usage , Et , soit frayeur encore , ou pour me caresser. De ses bras innocents je me sentis presser. Grand Dieu , que mon amour ne lui soit point funeste .' Du fidèle David c'est le précieux reste : Nourri dans ta maison , en l'amour de ta lui , 11 ne connaît encor d'autre père que toi. Sur le point d'attaquer ui^ reine homicide > A l'aspect du péril si ma foi s'intimide. Si la chair et le sang , se troublant aujourd'hui , Ont trop de part aux pleurs que je répands pour lui , Conserve l'héritier de tes sahites promesses. Et ne punis que moi de tontes mes faiblesses !

lOAD.

Vos lannes , Josabet , n'ont rien de criminel : Mais Dieu veiit au'ou esrère en son soin paternel.

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