ACTE V, SCENE IH
Aimez , et possédez l'avantage charmant Dé voir toute la terre adorer votre amant.
PORUS
Seigneur, jusqu'à ce jour Tunivers en aJarmes Me forçait d'admirer le bonheur de vos armes : Mais rien ne me forçait , en ce commun effroi , De reconnaître en vous plus de vertus qi|*en moi. Je me rends ; je vous cède une pleine victoire : Vos vertus , je l'avoue , égalent votre gloire. KUez , seigneur, rangez l'univers sous vos lois ; 11 me verra moi-même appuyer vos exploits : Je vous suis ; et |e crois devoir tout entreprendre Pour loi donner un maître aussi grand qu'Alexandre.
GLÉOFILE.
Seigneur y que vous peut dire un cœur triste , abattu ? Je ne nrarmure point contre votre vertu : Vous rendez à Porus la vie et la couronne ; Je yeux croire qu'ainsi votre gloire l'ordonne. Mais ne me pressez point : en Télat où je suis , Je ne puis que me taire , et pleurer mes ennuis.
ALEXANDRE
Oui , madame , pleurons un anû si fidèle ; Faisons eo soupirant éclater notre zèle ; Et qu'an tombeau superbe instruise l'avenir Et de votre doiffeur et de mon souvenir.
D'ANDROMAQUE
VIrgUe , au troisième livre de l'Enéide ; c'est Énéc qui parle :
littoraqae ^iri legiraua , portaque soblmiB Chaooio , et celsam BuUvott ascendimus urber^i....
Solemnes tum forte dapes et tristia dona.... Libabat ciaeri Andromacbe , Manesque vocabat Hectoreum tid tomolam , vtridi qaem cespite inancm , Et gbnrinas. causam laerymts, sacraverat aras....
DeJecUvttltum, et demisaa voce locata est :
O felix una ante alias Priameia virgo ,
Hostilem ad tumalum , TroJ» sul) mœnlbus altb
Jussa mori , que sortitus non pertalil ullos*
Nec Tictoris lieri tetigit captiva cubile !
Nos , patrla incensa diversa per acquora vectac ,
Stirpis AchiUeœ fastus , Juvenemque superbum ,
Servitio enlxae tulimus; qal delnde secatus
tedaBani Hermionem , Lacedamonlosque hymeuseos...
Ast illum, ereptœ maguo Inflammatus amore Comugis, et scelerum furtis agitatus » Orestes Excipit incautum , patriasque obtruncat ad aras.
VoilA en peu de vers tout le sujet de cette tragédie ; vuUà le lieu de la scène, l'action qui s'y passe, les quatre principaux acteurs, et même leurs caractères , excepté celui d'Hermione , dont la Jalousie et les emportements sont assez marqués dans TAndromaque d'Euripide.
C'est presque la seule chose que J'emprunte ici de cet auteur. Car, quoique ma tragédie porte le même noib que la sienne , le sujet en est pourtant trôs-<ilfférent. Androroaqoc, dans Euripide, craint pour la vie de Molossus qui est un fils qu'elle a eu de Pyrrhus , et quHermione veut faire mourir avec sa mère. Mais ici il ne s'agit point de Molossus ; Andro- Kiaque ne connaît point d'autre mari qu'Hector, ni d'autre fils qu'Astyaliai. J'ai cru en cela me conformer à l'idée que nous avons maintenant tie cette princesse. La plupart de «eux qui ont entendu parler d'Andromaque ne la connaissent guère que pour la veuve d'Hector et pour la mère d'Astyanax ; on ne croit point qu'elle doive aimer ni un autre mari ni un autre fils : et Je doute que les larmes d'Andromaque eussent lait sur l'esprit de mca spectateurs l'Impression qu'elles y ont faite, si elles avaient coulé pour un autre fils que celui qu'elle avait d'Hector.
Il est vrai que J'ai été obligé de faire vivre Astyanax un peu plus qu'il n'a vécu : mais J'écris dans un pays où cette liberté ne pouvait pas être mal reçue ; car, sans parler de Ronsard qui a choisi ce même Astyanas pour le héros de sa Franciade, qui ne sait que l'on fait descendre nos anciens rois de ce fils d'Hector, et que nos vieilles chroniques sauvent la vie à ce Jeune prince , après la désolation de son pays , pour en faire le fondateur de notre monarchie?
PRÉFACE D'ANDUOMAQUE. 109
Combien Euripide a-t-il été plus hardi dans sa tragédie d'IIéléne ! il y choque ouvertement la créance commune de toute La Grèce. Il suppose qu'Hélène n*a j'amals mU le pied dans Troie , et qu'après l'embrasement de cette yllle Ménélas trouve sa femme en Egypte , d'où elle n'était point partie : tout cela fondé sur une opinion qui n'était reçue que parmi les Égyptiens , comme on le peut voir dans Hérodote.
Je ne crois pas que J'eusse besoin de cet exemple d'Euripide pour Justifier le peu de liberté que J'ai pris : car il y a bien de la différence entre détruire le principal fondement d'une fable, et en altérer quelques Incidents , qni changent presque de face dans toutes les mains qui les traitent^ Ainsi AcbiUe , selon la plupart des poètes , ne peut être blessé qu'au talon , quoiqa'Homère le fasse blesser au bras , et ne le croie invulnérable en aucune partie de son corps. Ainsi Sophocle fait mourir Jocaste aussitôt après la reconnaissance d'QËdipe ; tout au contraire d'Euripide, qui la fait vivre Jusqu'au combat et à la mort de ses deux fils. Et c'est à propos de quelque contrariété de cette nature » qu'un ancien commeiw tatenr de Sophocle remarque fort bien (i) « qu'il ne faut point s'amik « ser à chicaner les polîtes pour quelques changements qu'ils ont pu •* faire dans la fable; mais qu'il faut s'attacher à considérer l'exceUcnt «* usage qulls ont fait de ces changements , et la manière Ingénieuse dont « Us ont su accommoder la fable à leur sujet »
(I) Scpboclls Electra.
HACI.NE ^
\NDROMAQUE.
thagéihe (imt).
ACTEURS
AHDROMAQIIB» veaTe d^ector, capUve de Pyrrht».
PYRRHUS , Us d'AchiUe , roi d'Épire.
v^RESTB, fiU d'Agamemnoii, antant d'Hermlone. ' 11BRMIONE . §Ue d'Hétène , accordée «tcc Pyrrlius. ' PTLADE , ami d'Oreate. '
CLÉONE. confidente dUcrmioae.
CÉPHiSE, confidente d'Andronaqne
PUGBNIX , gouvemenr d'AchiUe , et ensuite de Pyrrbua.
SmTB D'OKBars.
U scène ost à Buthrote . viHe d'Éptre . djms une salle du palais de Pyrrliu» .