‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 107 sur 305 · AGAMEMNON, ULYSSE · texte numérisé non relu

AGAMEMNON, ULYSSE

Ulysse.

Seigneur, vous entendez. Quelque prix qu'il en coûte, Il veut voler à Troye et poursuivre sa route. Nous craignions son amour ; et lui-même aujourd'hui, Par une heureuse erreur, nous arme contre lui.

Agamemnon'.

Hélas!

Ulysse.

De ce soupir que faut-il que j'augure?

Du sang qui se révolte est-ce quelque murmure ? Croirai-je qu'une nuit a pu vous ébranler ? Est-ce donc votre cœur qui vient de nous parler ? Songez-y : vous devez votre fille à la Grèce. Vous nous l'avez promise ; et, sur cette promesse, Calchas, par tous les Grecs consulté chaque jour, Leur a prédit des vents l'infaillible retour.

148 IPHIGENIE

A ses prédictions si l'effet est contraire, Pensez-vous que Calchas continue à se taire ; Que ses plaintes, qu'en vain vous voudrez apaiser, Laissent mentir les dieux sans vous en accuser ? Et qui sait ce qu'aux Grecs, frustrés de leur victime. Peut permettre un courroux qu'ils croiront légitime ? Gardez-vous de réduire un peuple furieux. Seigneur, à prononcer entre vous et les dieux. N'est-ce pas vous, enfin, de qui la voix pressante Nous a tous appelés aux campagnes du Xante, Et qui, de ville en ville, attestiez les serments Que d'Hélène autrefois firent tous les amants. Quand presque tous les Grecs, rivaux de votre frère, La demandaient en foule à Tyndare, son père ? De quelque heureux époux que l'on dût faire choix. Nous jurâmes dès lors de défendre ses droits ; Et, si quelque insolent lui volait sa conquête. Nos mains du ravisseur lui promirent la tête. Mais, sans vous, ce serment que l'amour a dicté, Libres de cet amour, l'aurions-nous respecté ? Vous seul, nous arrachant à de nouvelles flammes. Nous avez fait laisser nos enfants et nos femmes. Et quand de toutes parts assemblés en ces lieux. L'honneur de vous venger brille seul à nos yeux ; Quand la Grèce déjà vous donnant son suffrage. Vous reconnaît l'auteur de ce fameux ouvrage ; Que ses rois, qui pouvaient vous disputer ce rang, Sont prêts, pour vous servir, de verser tout leur sang. Le seul Agamemnon, refusant la victoire, '

N'ose d'un peu de sang, acheter tant de gloire. Et, dès le premier pas se laissant effrayer, i

Ne commande les Grecs que pour les renvoyer? j

Agamemnon. ;i|

Ah I Seigneur, qu'éloigné du malheur qui m'opprime, 1

Votre cœur aisément se montre magnanime I ■

Mais que si vous voyez ^, ceint du bandeau mortel, |

Votre fils Télémaque approcher de l'autel, j

Nous vous verrions, troublé de cette affreuse image, ,%

l. Nous avons maintenu voyez, qui se trouve dins toutes les édi- :? lions anciennes, quoiqu'il faille voyiez.

Page 1