‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 106 sur 305 · ACTE I, SCÈNE m · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE m

Ah ! ne nous formons point ces indignes obstacles.

L'honneur parle, il suffit : ce sont là nos oracles.

Les dieux sont de nos jours les maîtres souverains ;

Mais, Seigneur, notre gloire est dans nos propres mains.

Pourquoi nous tourmenter de leurs ordres suprêmes ?

Ne songeons qu'à nous rendre immortels comme eux-mêmes,

Et, laissant faire au sort, courons où la valeur

Nous promet un destin aussi grand que le leur.

C'est à Troye, et j'y cours ; et, quoi qu'on me prédise.

Je ne demande aux dieux qu'un vent qui m'y conduise ;

Et, quand moi seul enfin il faudrait l'assiéger,

Patrocle et moi, Seigneur, nous irons vous venger.

Mais non, c'est en vos mains que le Destin la livre.

Je n'aspire en effet qu'à l'honneur de vous suivre.

Je ne vous presse plus d'approuver les transports

D'un amour qui m'allait éloigner de ces bords :

Ce même amour, soigneux de votre renommée,

Veut qu'ici mon exemple encourage l'armée,

Et me défend surtout de vous abandonner

Aux timides conseils qu'on ose vous donner.

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