SCENE PREMIERE
ÉRIPHILE, DORIS
Ériphile.
Ne les contraignons point, Doris, retirons-nous, Laissons-les dans les bras d'un père et d'un époux; Et, tandis qu'à l'envie leur amour se déploie, Mettons en liberté ma tristesse et leur joie.
Doris.
Quoi, Madame ! toujours irritant vos douleurs, Croirez-vous ne plus voir que des sujets de pleurs? Je sais que tout déplaît aux yeux d'une captive, Qu'il n'est point dans les fers de plaisir qui la suive ; Mais dans le temps fatal que, repassant les flots, Nous suivions malgré nous le vainqueur de Lesbos, Lorsque dans son vaisseau, prisonnière timide. Vous voyez ^ devant vous ce vainqueur homicide. Le dirai-je ? vos yeux, de larmes moins trempés, A pleurer vos malheurs étaient moins occupés. Maintenant tout vous rit. L'aimable Iphigénie D'une amitié sincère avec vous est unie : Elle vous plaint, vous voit avec des yeux de sœur, Et vous seriez dans Troye avec moins de douceur. Vous vouliez voir l'Aulide, où son père l'appelle, Et l'Aulide vous voit arriver avec elle. Cependant, par un sort que je ne conçois pas, Votre douleur redouble et croît à chaque pas.
Eriphile.
Hé quoi I te semble-t-il que la triste Ériphile