‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 131 sur 305 · ACHILLE, IPHIGÉNIE · texte numérisé non relu

ACHILLE, IPHIGÉNIE

Achille.

Madame, je me tais, et demeure immobile. Est-ce à moi que l'on parle, et connait-on Achille ? Une mère pour vous croit devoir me prier 1 Une reine à mes pieds se vient humilier ! Et, me déshonorant par d'injustes alarmes. Pour attendrir mon cœur on a recours aux larmes I Qui doit prendre à vos jours plus d'intérêt que moi? Ah! sans doute on s'en peut reposer sur ma foi.

L'outrage me regarde ; et, quoi qu'on entreprenne, Je réponds d'une vie où j'attache la mienne. Mais ma juste douleur va plus loin m'engager : C'est peu de vous défendre et je cours vous venger Et punir à la fois le cruel stratagème Qui s'ose de mon nom armer contre vous-même.

Ah I demeurez, Seigneur, et daignez m'écouter.

Achille.

Quoi ! Madame ! un barbare osera m'insulter ? Il voit que de sa sœur je cours venger l'outrage ; Il sait que, le premier lui donnant mon suffrage, Je le fis nommer chef de vingt rois ses rivaux, Et, pour fruit de mes soins, pour fruit de mes travaux, Pour tout le prix enfin d'une illustre victoire. Qui le doit enrichir, venger, combler de gloire, Content et glorieux du nom de votre époux. Je ne lui demandais que l'honneur d'être à vous. Cependant aujourd'hui, sanguinaire, parjure, C'est peu de violer l'amitié, la nature ; C'est peu de vouloir, sous un couteau mortel, Me montrer votre cœur fumant sur un autel : D'un appareil d'hymen couvrant ce sacrifice. Il veut que ce soit moi qui vous mène au supplice, Que ma crédule main conduise le couteau. Qu'au lieu de votre époux je sois votre bourreau! Et quel était pour vous ce sanglant hyménée. Si je fusse arrivé plus tard d'une journée ? Quoi donc 1 à leur fureur livrée en ce moment, Vous iriez à l'autel me chercher vainement ; Et d'un fer imprévu vous tomberiez frappée. En accusant mon nom qui vous aurait trompée ? Il faut de ce péril, de cette trahison. Aux yeux de tous les Grecs lui demander raison. A l'honneur d'un époux vous-même intéressée, Madame, vous devez approuver ma pensée.

Il faut que le cruel qui m'a pu mépriser Apprenne de quel nom il osait abuser.

Iphigénie.

Hélas ! si vous m'aimez, si, pour grâce dernière, Vous daignez d'une amante écouter la prière,

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