‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 139 sur 305 · AGAMEMNON, CLYTEMNESTRE, IPHIGÉNIE, .EGINE · texte numérisé non relu

AGAMEMNON, CLYTEMNESTRE, IPHIGÉNIE, .EGINE

Venez, venez, ma fille, on n'attend plus que vous, Venez remercier un père qui vous aime, Et qui veut à l'autel vous conduire lui-même.

Agamemnon.

Que vois-je ? Quel discours ! Ma fille, vous pleurez, Et baissez devant moi vos yeux mal assurés. Quel trouble ! Mais tout pleure, et la fille et la mère. Ah ! malheureux Arcas, tu m'as trahi.

Iphigénie.

Mon père, Cessez de vous troubler, vous n'êtes point trahi. Quand vous commanderez, vous serez obéi. Ma vie est votre bien. Vous voulez le reprendre ; Vos ordres sans détours pouvaient se faire entendre. D'un œil aussi content, d'un cœur aussi soumis. Que j'acceptais l'époux que vous m'aviez promis, Je saurai, s'il le laut, victime obéissante, Tendrç au fer de Calchas une tête innocente. Et, respectant le coup par vous-même ordonné, Vous rendre tout le sang que vous m'avez donné.

Si pourtant ce respect, si cette obéissance Paraît digne à vos yeux d'une autre récompense. Si d'une mère en pleurs vous plaignez les ennuis, J'ose vous dire ici qu'en l'état où je suis. Peut-être assez d'honneurs environnaient ma vie Pour ne pas souhaiter qu'elle me fût ravie. Ni qu'en me l'arrachant, un sévère destin

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Si près de ma naissance en eût marqué la fin, Fille d'Agamemnon, c'est moi qui, 1^ première, Seigneur, vous appelai de ce doux nom de père. C'est moi qui, si longtemps le plaisir de vos yeux, Vous ai fait de ce nom remercier les dieux, Et pour qui, tant de fois prodiguant vos caresses, Vous n'avez point du sang dédaigné les faiblesses. Hélas ! avec plaisir je me faisais conter Tous les noms des pays que vous allez dompter; Et déjà, d'Ilion présageant la conquête. D'un triomphe si beau je préparais la fête. Je ne m'attendais pas que, pour le commencer, Mon sang fût le premier que vous dussiez verser.

Non que la peur du coup dans je suis menacée, -' Me fasse rappeler votre bonté passée.

Ne craignez rien. Mon cœur, de votre honneur jaloux, Ne fera point rougir un père tel que vous ; Et, si je n'avais eu que ma vie à défendre, J'aurais su renfermer un souvenir si tendre. Mais à mon triste sort, vous le savez. Seigneur, Une mère, un amant, attachaient leur bonheur. Un roi digne de vous a cru voir la journée. Qui devait éclairer notre illustre hyménéc. Déjà, sûr de mon cœur à sa flamme promis. Il s'estimait heureux : vous me l'aviez permis. 11 sait votre dessein, jugez de ses alarmes. Ma mère est devant vous, et vous voyez ses larmes. Pardonnez aux efforts que je viens de tenter Pour prévenir les pleurs que je leur vais coûter.

Agamemnon.

Ma fille, il est trop vrai. J'ignore pour quel crime La colère des dieux demande une victime ; Mais ils vous ont nommée : un oracle cruel Veut qu'ici votre sang coule sur un autel. Pour défendre vos jours de leurs lois meurtrières, Mon amour n'avait pas attendu vos prières. Je ne vous dirai point combien j'ai résisté : Croyez-en cet amour, par vous-même attesté. Cette nuit même encore (on a pu vous le dire) J'avais révoqué l'ordre où l'on me fit souscrire. Sur l'intérêt des Grecs vous l'aviez emporté.

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