‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 187 sur 305 · THÉSÉE, OENONE · texte numérisé non relu

THÉSÉE, OENONE

Thésée.

Ah I qu'est-ce que j'entends ? Un traître, un téméraire Préparait cet outrage à l'honneur de son père ? Avec quelle rigueur. Destin, tu me poursuis ! Je ne sais où je vais, je ne sais où je suis. 0 tendresse ! ô bonté trop mal récompensée I Projet audacieux ! détestable pensée !

Pour parvenir au but de ses noires amours, L'insolent de la force empruntait le secours ! J'ai reconnu le fer, instrument de sa rage, Ce fer dont je l'armai pour un plus noble usage. Tous les liens du sang n'ont pu le retenir I Et Phèdre dififérait à le faire punir ! Le silence de Phèdre épargnait le coupable I

CEiNONE.

Phèdre épargnait plutôt un père déplorable. Honteuse du dessein d'un amant furieux Et du feu criminel qu'il a pris dans ses yeux, Phèdre mourait. Seigneur, et sa main meurtrière Eteignait de ses yeux l'innocente lumière. J'ai vu lever le bras, j'ai couru la sauver ; Moi seule à votre amour j'ai su la conserver. Et, plaignant à la fois son trouble et vos alarmes, J'ai servi malgré moi d'interprète à ses larmes.

Thésée.

Le perfide I il n'a pu s'empêcher de pâlir : De crainte en m'abordant je l'ai vu tressaillir. Je me suis étonné de son peu d'allégresse ; Ses froids embrassements ont glacé ma tendresse,

Mais ce coupable amour dont il est dévoré Dans Athènes déjà s'étdt-il déclaré ?

CEnone.

Seigneur, souvenez-vous des plaintes de la reine : Un amour criminel causa toute sa haine.

Thésée.

Et ce feu dans Trézène a donc recommencé ?

Œnone.

Je vous ai dit, Seigneur, tout ce qui s'est passé. C'est trop laisser la reine à sa douleur mortelle, Souflrez que je vous quitte et me range auprès d'elle.

Page 1