‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 190 sur 305 · ACTE IV, SCÈNE U · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE U

HlPPOLTTE.

Seigneur, depuis six mois je l'évite, et je l'aime ; Je venais, en tremblant, vous le dire à vous-même. Hé quoi ! de votre erreur rien ne vous peut tirer ! Par quel affreux serment faut-il vous rassurer ? Que la terre, le ciel, que toute la nature...

Thésée.

Toujours les scélérats ont recours au parjure, Cesse, cesse, et m'épargne un importun discours, Si ta fausse vertu n'a point d'autre secours.

HiPPOLYTE.

Elle vous parait fausse et pleine d'artifice :

Phèdre au fond de son cœur me rend plus de justice.

Thésée. Ah ! que ton impudence excite mon courroux !

HiPPOLYTE.

Quel temps à mon exil, quel lieu prescrivez-vous?

Thésée.

Fusses-tu par delà les Colonnes d'Alcide, Je me croirais encor trop voisin d'un perfide.

HiPPOLYTE.

Chargé du crime affreux dont vous me soupçonnez, Quels amis me plaindront, quand vous m'abandonnez

Thésée.

Va chercher des amis dont l'estime funeste Honore l'adultère, applaudisse à l'inceste ; Des traîtres, des ingrats, sans honneur et sans loi Dignes de protéger un méchant tel que toi.

HiPPOLYTE.

Vous me parlez toujours d'inceste et d'adultère : Je me tais. Cependant Phèdre sort d'une mère, Phèdre est d'un sang, Seigneur, vous le savez trop bien, De toutes ces horreurs plus rempli que le mien.

Thésée.

Quoi ! ta rage à mes yeux perd toute retenue ? Pour la dernière fois, ôte-toi de ma vue. Sors, traître : n'attends pas qu'un père furieux Te fasse avec opprobre arracher de ces lieux.

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