ACTE III, SCÈNE I
S'il fait ce que vous-même avez su lui prescrire, S'il l'épouse, en un mot...
Atalide.
S'il l'épouse, Zaïre I Zaïre.
Quoi I vous repentez-vous des généreux discours Que vous dictait le soin de conserver ses jours ?
Atalide.
Non, non, il ne fera que ce qu'il a dû faire. Sentiments trop jaloux, c'est à vous de vous taire. Si Bajaizet l'épouse, il suit mes volontés. Respectez ma vertu, qui vous a surmontés ; A ces nobles conseils ne mêlez point le vôtre, Et, loin de me le peindre entre les bras d'une autre. Laissez-moi sans regret me le représenter Au trône où mon amour l'a forcé de monter. Oui, je me reconnais, je suis toujours la même. Je voulais qu'il m'aimât, chère Zaïre, il m'aime. Et du moins cet espoir me console, aujourd'hui Que je vais mourir digne et contente de lui,
Zaïre.
Mourir ! Quoi I vous auriez un dessein si funeste î ,
Atalide.
J'ai cédé mon amant : tu t'étonnes du reste ? Peux-tu compter, Zaïre, au nombre des malheurs Une mort qui prévient et finit tant de pleurs? Qu'il vive, c'est assez. Je l'ai voulu sans doute, Et je le veux toujours, quelque prix qu'il m'en coûte. Je n'examine point ma joie ou mon ennui : J'aime assez mon amant pour renoncer à lui ; Mais, hélas ! il peut bien penser avec justice Que, si j'ai pu lui fadre un si grand sacrifice, Ce cœur, qui de ses jours prend ce funeste soin, L'aime trop pour vouloir en être le témoin. Allons, je veux savoir...
Zaïre.
Modérez-vous, de grâce.
On vient vous informer de tout ce qui se passe. C'est le vizir.