‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 206 sur 305 · SCENE VIL · texte numérisé non relu

SCENE VIL

THÉSÉE, PHÈDRE, THÉRA3IÈNE, PANOPE, Gardes.

Thésée.

Eh bien ! vous triomphez, et mon fils est sans vie. Ah ! que j'ai lieu de craindre ! et qu'un cruel soupçon, L'excusant dans mon cœur, m'alarme avec raison ! Mais, Madame, il est mort, prenez votre victime; Jouissez de sa perte, injuste ou légitime : Je consens que mes yeux soient toujours abusés; Je le crois criminel, puisque vous l'accusez. Son trépas à mes pleurs offre assez de matières Sans que j'aille chercher d'odieuses lumières, Qui, ne pouvant le rendre à ma juste douleur, Peut-être ne feraient qu'accroître mon malheur. Laissez-moi, loin de vous, et loin de ce rivage. De mon fils déchiré fuir la sanglante image. Confus, persécuté d'un mortel souvenir.

De l'univers entier je voudrais me bannir. Tout semble s'élever contre mon injustice ; L'éclat de mon nom même augmente mon supplice : Moins connu des mortels, je me cacherais mieux. Je hais jusques aux soins dont m'honorent les dieux; Et je m'en vais pleurer leurs faveurs meurtrières,

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