‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 210 sur 305 · ESTHER, ÉLISE · texte numérisé non relu

ESTHER, ÉLISE

Est-ce toi, chère Élise ? 0 jour trois fois heureux I Que béni soit le Ciel qui te rend à mes vœux, Toi qui, de Benjamin comme moi descendue, Fus de mes premiers ans la compagne assidue, Et qui, d'un même joug souffrant l'oppression, M'aidais à soupirer les malheurs de Sion !

1. Nous avons voulu, dans notre texte â'Esther et d'Atfialie, mettre en italiques tous les passages chantés, pour les faire mieux ressortir à l'œil du lecteur. Ces passaiges ne sont pas toujours indiqués clairement par Racine, et il nous a fallu chercher les renseignements nécessaires en dehors de l'édition qui nous sert de guide. Nous avons consulté à cet effet les partitions de Moreau, qui a fait la musique des deux pièces. Ces partitions, conservées à la bibliothèque de Versailles, ont été reproduites à la suite de l'édition de Racine donnée par M. Régnier dans la collection des Grands Ecrivains de la France.

La tragédie d'Esther a toujours été imprimée en trois actes du temps de Racine. On la trouve en cinq actes dans quelques éditions postérieures, et en quatre actes dans celle de 1728.

Combien ce temps encore est cher à ma mémoire l Mais toi, de ton Esther ignorais-tu la gloire ? Depuis plus de six mois que je te fais chercher, Quel climat, quel désert a donc pu te cacher ?

Élise.

Au bruit de votre mort justement éplorée, Du reste des humains je vivais séparée. Et de mes tristes jours n'attendais que la fin, Quant tout à coup, Madame, un prophète divin : < C'est pleurer trop longtemps une mort qui t'abuse, Lève-toi, m'a-t-il dit ; prends ton chemin vers Suse. Là tu verras d'Esther la pompe et les honneurs. Et sur le trône assis le sujet de tes pleurs. Rassure, ajouta-t-il, tes tribus alarmées, Sion; le jour approche où le Dieu des armées Va de son bras puissant faire éclater l'appui ; Et le cri de son peuple est monté jusqu'à lui. » Il dit. Et moi, de joie et d'horreur pénétrée, Je cours. De ce palais j'ai su trouver l'entrée. G spectacle I 0 triomphe admirable à mes yeux, Digne en effet du bras qui sauva nos aïeux ! Le fier Assuérus couronne sa captive, Et le Persan superbe est aux pieds d'une Juive. Par quels secrets ressorts, par quel enchaînement, Le Ciel a-t-il conduit ce grand événement ?

Peut-être on t'a conté la fameuse disgrâce De l'altière Vasthi, dont j'occupe la place, Lorsque le roi, contre elle enflammé de dépit, La chassa de son trône ainsi que de son lit. Mais il ne put sitôt en bannir la pensée. Vasthi régna longtemps dans son âme offensée. Dans ses nombreux États il fallut donc chercher Quelque nouvel objet qui l'en pût détacher. De l'Inde à l'Hellespont ses esclaves coururent. Les filles de l'Egypte à Suse comparurent. Celles même du Parthe et du Scythe indompté Y briguèrent le sceptre offert à la beauté. On m'élevait alors, solitaire et cachée. Sous les yeux vigilants du sage Mardochée. Tu sais combien je dois à ses heureux secours.

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