ASSUÉRUS, ASAPH
AssuÉRUs, assis sur son trône.
Je veux bien l'avouer. De ce couple perfide J'avais presque oublié l'attentat parricide ; Et j'ai pâli deux fois au terrible récit Qui vient d'en retracer l'image à mon esprit. Je vois de quel succès leur fureur fut suivie. Et que dans les tourments ils laissèrent la vie. Mais ce sujet zélé, qui d'un œil si subtil Sut de leur noir complot développer le fil, Qui me montra sur moi leur main déjà levée, Enfin par qui la Perse avec moi fut sauvée, Quel honneur pour sa foi, quel prix a-t-il reçu ?
AsAPH.
On lui promit beaucoup : c'est tout ce que j'ai su.
AsSUÉRUS.
0 d"un si grand service oubli trop condamnable I
Des embarras du trône effet inévitable !
De soins tumultueux un prince environné
Vers de nom'eaux objets est sans cesse entraîné.
L'avenir l'inquiète, et le présent le frappe ;
Mais, plus prompt que l'éclair, le passé nous échappe;
Et, de tant de mortels à toute heure empressés ^
A nous faire valoir leurs soins intéressés, f
11 ne s'en trouve point qui, touchés d'un vrai zèle,
Prennent à notre gloire un intérêt fidèle,
Du mérite oubhé nous fassent souvenir.
Trop prompts à nous parler de ce qu'il faut punir.
Ah ! que plutôt l'injure échappe à ma vengeance
Qu'un si rare bienfait à ma reconnaissance I
Et qui voudrait jamais s'exposer pour son roi?
Ce mortel, qui montra tant de zèle pour moi,
Vit-il encore?
ASAPH
Il voit l'astre qui vous éclaire.