‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 220 sur 305 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

Et d'un culte profane infecte votre empire ?

Etrangers dans la Perse, à nos lois opposés,

Du reste des humains ils semblent divisés,

N'aspirent qu'à troubler le repos où nous sommes.

Et, détestés partout, détestent tous les hommes.

Prévenez, punissez leurs insolents efforts ;

De leur dépouille enfin grossissez vos trésors. »

Je dis, et l'on me crut. Le roi, dès l'heure même,

Mit dans ma main le sceau de son pouvoir suprême.

€ Assure, me dit-il, le repos de ton roi.

Va, perds ces malheureux : leur dépouille est à toi. »

Toute la nation fut ainsi condamnée.

Du carnage avec lui je réglai la journée.

Mais de ce traître enfin le trépas différé

Fait trop souffrir mon cœur de son sang altéré.

Un je ne sais quel trouble empoisonne ma joie.

Pourquoi dix jours encor faut-il que je le voie ?

Hydaspe.

Et ne pouvez-vous pas d'un mot l'exterminer ? Dites au roi, Seigneur, de vous l'abandonner.

Aman.

Je viens pour épier le moment favorable. Tu connais comme moi ce prince inexorable. Tu sais combien terrible en ses soudains transports. De nos desseins souvent il rompt tous les ressorts. Mais à me tourmenter ma crainte est trop subtile. Mardochée à ses yeux est une àme trop vile.

Hydaspe.

Que tardez-vous ? Allez, et faites promptement Élever de sa mort le honteux instrument.

Aman.

J'entends du bruit, je sors. Toi, si le roi m'appelle...

Hydaspe.

Il suffit.

Page 1