‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 250 sur 305 · JOAD, ABNER · texte numérisé non relu

JOAD, ABNER

Abner.

Oui, je viens dans son temple adorer l'Éternel ; Je viens, selon l'usage antique et solennel, Célébrer avec vous la fameuse journée Où sur le mont Sina la loi nous fut donnée. Que les temps sont changés I Sitôt que de ce jour ,

La trompette sacrée annonçait le retour, Le temple, orné partout de festons magnifiques. Du peuple saint en foule inondait les portiques ; Et tous, devant l'autel avec ordre introduits, De leurs champs dans leurs mains portant les nouveaux fruits Au Dieu de l'univers consacraient ces prémices. Les prêtres ne pouvaient suffire aux sacrifices. L'audace d'une femme, arrêtant ce concours. En des jours ténébreux a changé ces beaux jours. D'adorateurs zélés à peine un petit nombre Ose des premiers temps nous retracer quelque ombre.

1. Voir, pour la partie chantée, ce que nous disons dans la première note d'Esther.

Le reste pour son Dieu montre un oubli fatal, Ou même, s'empressant aux autels de Baal, Se fait initier à ses honteux mystères. Et blasphème le nom qu'ont invoqué leurs pères. Je tremble qu'Athalie, à ne vous rien cacher, Vous-même de l'autel vous faisant arracher. N'achève enfin sur vous ses vengeances funestes. Et d'un respect forcé ne dépouille les restes.

JOAD

D'où vous vient aujourd'hui ce noir pressentiment

Abner.

Pensez-vous être saint et juste impunément ? Dès longtemps elle hait cette fermeté rare Qui rehausse en Joad l'éclat de la tiare. Dès longtemps votre amour pour la religion Est traité de révolte et de sédition.

Du mérite éclatant cette reine jalouse Hait surtout Josabet, votre fidèle épouse. Si du grand prêtre Aaron Joad est successeur, De notre dernier roi Josabet est la sœur. Mathan d'ailleurs, Mathan, ce prêtre sacrilège. Plus méchant qu'Athalie, à toute heure l'assiège ; Mathan, de nos autels infâme déserteur.

Et de toute vertu zélé persécuteur.

C'est peu que, le front ceint d'une mître étrangère Ce lévite à Baal prête son ministère : Ce temple l'importune, et son impiété Voudrait anéantir le Dieu qu'il a quitté. Pour vous perdre il n'est point de ressorts qu'il n'invente. Qjélquefois il vous plaint, souvent même il vous vante. Il affecte pour vous une fausse douceur ; Et, par là de son fiel colorant la noirceur. Tantôt à cette reine il vous peint redoutable, Tantôt, voyant pour l'or sa soif insatiable, Il lui feint qu'en un lieu que vous seul connaissez Vous cachez des trésors par David amassés. Enfin, depuis deux jours la superbe Athalie Dans un sombre chagrin paraît ensevelie. Je l'observais hier, et je voyais ses yeux Lancer sur le Lieu saint des regards furieux, Comme si dans le fond de ce vaste édifice

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