ACTE I, SCÈNE I
Dieu cachait un vengeur armé pour son supplice Croyez-moi, plus j'y pense, et moins je puis douter Que sur vous son courroux ne soit prêt d'éclater, Et que de Jezabel la fille sanguinaire Ne vienne attaquer Dieu jusqu'en son sanctuaire.
JOAD
Celui qui met un frein à la fureur des flots
Sait aussi des méchants arrêter les complots.
Soumis avec respect à sa volonté sainte.
Je crains Dieu, cher Abner, et n'ai point d'autre crainte.
Cependant je rends grâce au zèle officieux
Qui sur tous mes périls vous fait ouvrir les yeux.
Je vois que l'injustice en secret vous irrite,
Que vous avez encore le cœur israélite.
Le Ciel en soit béni I Mais ce secret courroux,
Cette oisive vertu, vous en contentez-vous ?
La foi qui n'agit point, est-ce une foi sincère ?
Huit ans déjà passés, une impie étrangère
Du sceptre de David usurpe tous les droits,
Se baigne impunément dans le sang de nos rois,
Des enfants de son fils détestable homicide,
Et même contre Dieu lève son bras perfide.
Et vous, l'un des soutiens de ce tremblant Etat,
Vous nourri dans les camps du saint roi Josaphai.
Qui sous son fils Joram commandiez nos armées,
Qui rassurâtes seul nos villes alarmées,
Lorsque d'Okosias le trépas impré\-u
Dispersa tout son camp à l'aspect de Jéhu :
< Je crains Dieu, dites-vous, sa vérité me touche. j>
Voici comme ce Dieu vous répond par ma bouche :
e Du zèle de ma loi que sert de vous parer ?
Par de stériles vœux pensez-vous m'honorer?
Quel fruit me revient-il de tous vos sacrifices ?
Ai-je besoin du sang des boucs et des génisses ?
Le sang de vos rois crie, et n'est point écouté.
Rompez, rompez tout pacte avec l'impiété.
Du milieu de mon peuple exterminez les crimes.
Et vous viendrez alors m'immoler vos victimes, j
Abner.
Hé ! que puis-je au milieu de ce peuple abattu? Benjamin est sans force, et Juda sans vertu.
Le jour qui de leur roi * vit éteindre la race
Éteignit tout le feu de leur antique audace.
«r Dieu même, disent-ils, s'est retiré de nous.
De l'honneur des Hébreux autrefois si jaloux.
Il voit sans intérêt leur grandeur terrassée,
Et sa miséricorde à la fin s'est lassée.
On ne voit plus pour nous ses redoutables mains
De merveilles sans nombre effrayer les humains.
L'arche sainte est muette, et ne rend plus d'oracles. »
JOAD
Et quel temps fut jamais si fertile en miracles ?
Quand Dieu par plus d'effets montra-t-il son pouvoir ?
Auras-tu donc toujours des yeux pour ne point voir,
Peuple ingrat ? Quoi ! toujours les plus grandes merveilles
Sans ébranler ton cœur frapperont tes oreilles ?
Faut-il, Abner, faut-il vous rappeler le cours
Des prodiges fameux accomplis en nos jours ?
Des tyrans d'Israël les célèbres disgrâces.
Et Dieu trouvé fidèle en toutes ses menaces ;
L'impie Achab détruit, et de son sang trempé
Le champ que par le meurtre il avait usurpé ;
Près de ce champ fatal Jezabel immolée,
Sous les pieds des chevaux cette reine foulée ;
Dans son sang inhumain les chiens désaltérés,
Et de son corps hideux les membres déchirés ;
Des prophètes menteurs la troupe confondue,
Et la flamme du ciel sur l'autel descendue ;
Elie aux éléments parlant en souverain.
Les cieux par lui fermés et devenus d'airain,
Et la terre trois ans sans pluie et sans rosée,
Les morts se ranimant à la voix d'Elisée ?
Reconnaissez, Abner, à ces traits éclatants,
Un Dieu tel aujourd'hui qu'il fut dans tous les temps.
Il sait, quand il lui plaît, faire éclater sa gloire,
Et son peuple est toujours présent à sa mémoire.
Abner.
Mais où sont ces honneurs à David tant promis. Et prédits même encore à Salomon son fils ?
1. Notre texte porte bien leur roi. On a depuis imprimt3 leurs roi qui paraît wéférable.