ACTE U, SCENE VII
Athalie.
Ces méchants, qui sont-ils ?
JOSABBT.
Hé, Madame ! Excusez Un enfant...
Athalie, à Josabet.
J'aime à voir comme vous l'instruisez.
Enfin, Éliacin, vous avez su me plaire. Vous n'êtes point sans doute un enfant ordinaire. Vous voyez, je suis reine, et n'ai point d'héritier. Laissez-Ià cet habit, quittez ce vil métier. Je veux vous faire part de toutes mes richesses. Essayez dès ce jour l'effet de mes promesses. A ma table, partout, à mes côtés assis. Je prétends vous traiter comme mon propre fils.
Jo.\s.
Comme votre fils '?
Athalie.
Oui. Vous vous taisez ?
JOAS
Quel père Je quitterais I Et pour...
Athalie.
Eh bien?
JOAS
Pour quelle mère?
Athalie, à Josabet.
Sa mémoire est fidèle, et dans tout ce qu'il dit De vous et de Joad je reconnais l'esprit. Voilà comme, infectant cette simple jeunesse. Vous employez tous deux le calme où je vous laisse. Vous cultivez déjà leur haine et leur fureur. Vous ne leur prononcez mon nom qu'avec horreur.
Josabet.
Peut-on de nos malheurs leur dérober l'histoire ? Tout l'univers les sait. Vous-même en faites gloire.
Athalie.
Oui, ma juste fureur, et j'en fais vanité, A vengé mes parents sur ma postérité.
J'aurais vu massacrer et mon père et mon frère, Du haut de son palais précipiter ma mère. Et dans un même jour égorger à la fois.
348 ATIIALIE
Quel spectacle d'horreur I Quatre-vingts fils de rois.
Et pourquoi I Pour venger je ne sais quels prophètes
Dont elle avait puni les fureurs indiscrètes.
Et moi, reine sans cœur, fille sans amitié,
Esclave d'une lâche et frivole pitié.
Je n'aurais pas du moins à cette aveugle rage
Rendu meurtre pour meurtre, outrage pour outragf
Et de votre David traité tous les neveux
Comme on traitait d'Achab les restes malheureux ?
Où serais-je aujourd'hui si, domptant ma faiblesse,
Je n'eusse d'une mère étouffé la tendresse ;
Si de mon propre sang ma main versant des flots
N'eût par ce coup hardi réprimé vos complots ?
Enfin de votre Dieu l'implacable vengeance
Entre nos deux maisons rompit toute alliance.
David m'est en horreur, et les fils de ce roi.
Quoique nés de mon sang sont étrangers pour moi.
JOSABET.
Tout vous a réussi? Que Dieu voie, et nous juge'
Ce Dieu, depuis longtemps votre unique refuge, Que deviendra l'effet de ses prédictions? Qu'il vous donne ce roi promis aux nations, Cet enfant de David, votre espoir, votre attente... Mais nous nous reverrons. Adieu, je sors contente : J'ai voulu voir, j'ai vu.
Abner à Josabet.
Je vous l'avais promis, Je vous rends le dépôt que vous m'avez commis.