ACTE II, SCÈNE VII 3i
JOAS
Une femme inconnue, Qui ne dit point son nom, et qu'on n'a point revue.
Athalie.
Mais de vos premiers ans quelles mains ont pris soin ?
JOAS
Dieu laissa-t-il jamais ses enfants au besoin ? Aux petits des oiseaux il donne leur pâture, Et sa bonté s'étend sur toute la nature. Tous les jours je l'invoque, et d'un soin paternel. Il me nourrit des dons offerts sur son autel.
Athalie.
Quel prodige nouveau me trouble et m'embarrasse ? La douceur de sa voix, son enfance, sa grâce. Font insensiblement à mon inimitié Succéder... Je serais sensible à la pitié?
Abner.
Madame, voilà donc cet ennemi terrible.
De vos songes menteurs l'imposture est visible, A moins que la pitié qui semble vous troubler Ne soit ce coup fatal qui vous faisait trembler.
Athalie, à Joas et à Josabet Vous sortez ?
Josabet.
Vous avez entendu sa fortune* Sa présence à la fin pourrait être importune.
Athalie.
Non. Revenez. Quel est tous les jours votre emploi ?
Joas. J'adore le Seigneur. On m'explique sa loi. Dans son livre divin on m'apprend à la lire. Et déjà de ma main je commence à l'écrire.
Athalie.
Que vous dit cette loi ?
Joas.
Que Dieu veut être aimé.
Qu'il venge tôt ou tard son saint nom blasphémé ; Qu'il est le défenseur de l'orphelin timide ; Qu'il résiste au superbe, et punit l'homicide.
i. Sa fortune, c'est-A-dire ce qui lui est arrivé, l'histoire de sa vie.
Athalie.
J'entends. Mais tout ce peuple enfermé dans ce lieu, A quoi s'occupe-t-il ?
Je AS.
Il loue, il bénit Dieu.
AthalIe.
Dieu veut-il qu'à toute heure on prie, on le contemple ?
JOAS
Tout profane exercice est banni de son temple.
Athalie.
Quels sont donc vos plaisirs ?
JOAS
Quelques fois, à l'autel, Je présente au grand prêtre ou l'encens ou le sel. J'entends chanter de Dieu les grandeurs infinies. Je vois l'ordre pompeux de ses cérémonies.
Athalie.
Eh quoi ! vous n'avez point de passe-temps plus doux ? Je plains le triste sort d'un enfant tel que vous. Venez dans mon palais, vous y verrez ma gloire.
JOAS
Moi, des bienfaits de Dieu je perdrais la mémoire ?
Athalie.
Non, je ne vous veux pas contraindre à l'oublier.
JOAS
Vous ne le priez point.
Athalie.
Vous pourrez le prier.
JOAS
Je verrais cependant en invoquer un autre ?
Athalie.
J'ai mon Dieu que je sers ; vous servirez le vôtre* Ge sont deux puissants Dieux.
JOAS
Il faut craindre le mien.
Lui seul est Dieu, Madame, et le vôtre n'est rien.
Athalie.
Les plaisirs près de moi vous chercheront en foule.
JOAS
Le bonheur des méchants comme un torrent s'écoule.