‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 284 sur 305 · ACTE m, SCÈNE Vffl · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE Vffl

Les parfums et les sacrifices Qu'on devait en ce jour offrir sur tes autels ? Une fille du chœur.

Quel spectacle à nos yeux timides !

Qui l'eût cru, qu'on dût voir jamais Les glaives meurtriers, les lances homicides, Briller dans la maison de paii ?

Une autre.

D'où vient que, pour son Dieu pleine d'indifférence, Jérusalem se tait en ce pressant danger?

D'où vient, mes sœurs, que, pour nous protéger, Le brave Abner au moins ne rompt pas le silence ?

Salomith.

Hélas I dans une cour où l'on n'a d'autre lois Que la force et la violence, Où les honneurs et les emplois Sont le prix d'une aveugle et basse obéissance, Ma sœur, pour la triste innocence Qui voudrait élever sa voix ?

Une autre.

Dans ce péril, dans ce désordre extrême, Pour qui prépare-t-on le sacré diadème ? Salomith.

Le Seigneur a daigné parler ; Mais ce qu'à son prophète il vient de révéler, Qui pourra nous le faire entendre ?

S'arme-t-il pour nous défendre ?

S'arme-t-il pour nous accabler ?

Tout le chœur chante, 0 promesse ! ô menace I ô ténébreux mystère I Que de maux, que de biens, sont prédits tout à tour I Comment peut-on avec tant de colère Accorder tant d'amour ?

Une voix seule.

Sion ne sera plus : une flamme cruelle Détruira tous ses ornements.

Une autre voix.

Dieu protège Sion : elle a pour fondements Sa parole éternelle.

La première.

Je vois tout son éclat disparaître à mes yeux.

La seconde.

Je vois de toute parts sa clarté répandue.

La première.

Dans un gouffre profond Sion est descendue. La seconde.

Sion a son front dans les ciev^. La première.

Quel triste abaissement I

La seconde.

Quelle immortelle gloire î La première.

Que de cris de douleur I

La seconde.

Que de chants de victoire I Une troisième.

Cessons de nous troubler : notre Dieu quelque jour Dévoilera ce grand mystère.

Toutes trois.

Révérons sa colère ; Espérons en son amour.

Une autre.

D'un cœur qui t'aime, Mon Dieu, qui peut troubler la paix ?

Il cherche en tout ta volonté suprême.

Et ne se cherche jamais.

Sur la terre, dans le ciel même, Est-il d'autre bonheur que la tranquille paix A

D'un cœur qui t'aime ?

fin du TROISIEME ACTE.

Page 1