‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 290 sur 305 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

Ministres du Seigneur, c'est à vous d'achever.

Bientôt de Jésabei la fille meurtrière,

Instruite que Joas voit encor la lumière.

Dans l'horreur du tombeau viendra le replonger.

Déjà, sans le connaître, elle veut l'égorger.

Prêtres saints, c'est à vous de prévenir sa rage.

Il faut finir des Juifs le honteux esclavage.

Venger vos princes morts, relever votre loi,

Et faire aux deux tribus reconnaître leur roi.

L'entreprise sans doute est grande et périlleuse.

J'attaque sur son trône une reine orgueilleuse,

Qui voit sous ses drapeaux marcher un camp nombreux

De hardis étrangers, d'infidèles Hébreux.

Mais ma force est au Dieu dont l'intérêt me guide.

Songez qu'en cet enfant tout Israël réside.

Déjà ce Dieu vengeur commence à la troubler.

Déjà, trompant ses soins, j'ai su vous rassembler.

Elle nous croit ici sans armes, sans défense.

Couronnons, proclamons Joas en diligence.

De là, du nouveau prince intrépides soldats.

Marchons en invoquant l'arbitre des combats ;

Et, réveillant la foi dans les cœurs endormie.

Jusque dans son palais cherchons notre ennemie.

Et quels cœurs si plongés dans un lâche sommeil, Nous voyant avancer dans ce saint appareil, Ne s'empresseront pas à suivre notre exemple ? Un roi que Dieu lui-même a nourri dans son temple. Le successeur d'Aaron de ses prêtres suivi. Conduisant au combat les enfants de Lévi, Et, dans ces mêmes mains, des peuples révérées, Les armes au Seigneur par David consacrées ? Dieu sur ses ennemis répandra Sa terreur. Dans l'infidèle sang baignez-vous sans horreur. Frappez et Tyriens, et même Israélites, Ne descendez-vous pas de ces fameux lévites Qui, lorsqu'au Dieu du Nil le volage Israël Rendit dans le désert un culte criminel, De leurs plus chers parents saintement homicides, Consacrèrent leurs mains dans le sang des perfides, Et par ce noble exploit vous acquirent l'honneur D'être seuls employés aux autels du Seigneur ?

Mais je vois que déjà vous brûlez de me suivre. Jurez donc, avant tout, sur cet auguste livre, A ce roi que le Ciel vous redonne aujourd'hui, De vivre, de combattre et de mourir pour lui.

AZARIAS

Oui, nous jurons ici, pour nous, pour tous nos frères, De rétablir Joas au trône de ses pères, De ne poser le fer entre nos mains remis Qu'après l'avoir vengé de tous ses ennemis. Si quelque transgresseur enfreint cette promesse, Qu'il éprouve, grand Dieu, ta fureur vengeresse ; Qu'avec lui ses enfants, de ton partage exclus. Soient au rang de ces morts que tu ne connais plus.

Je AD.

Et vous, à cette loi, votre règle éternelle. Roi, ne jurez-vous pas d'être toujours fidèle?

JOAS

Pourrais-je à cette loi ne me pas conformer?

JOAL.

0 mon fils, de ce nom j'ose encor vous nommer, Souffrez cette tendresse, et pardonnez aux larmes Que m'arrachent pour vous de trop justes alarmes. Loin du trône nourri, de ce fatal honneur. Hélas I vous ignorez le charme empoisonneur. De l'absolu pouvoir vous ignorez l'ivresse. Et des lâches flatteurs, la voix enchanteresse. Bientôt ils vous diront que les plus saintes lois, Maîtresses du vil peuple, obéissent aux rois ; Qu'un roi n'a d'autre frein que sa volonté même ; Qu'il doit immoler tout à sa grandeur suprême ; Qu'aux larmes, au travail, le peuple est condamné. Et d'un sceptre de fer veut être gouverné ; Que, s'il n'est opprimé, tôt ou tard il opprime. Ainsi de piège en piège, et d'abîme en abîme, Corrompant de vos mœurs, l'aimable pureté, Ils vous feront enfin haïr la vérité, Vous peindront la vertu sous une affreuse image. Hélas I ils ont des rois égaré le plus sage.

Promettez sur ce livre et devant ces témoins Que Dieu sera toujours le premier de vos soins ; Que, sévère aux méchants et des bons le refuge,

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