‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 39 sur 305 · ACTE IV, SCÈNE VII · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VII

Mon entreprise alors était moins avancée ;

Mais il m'est désormais trop dur de reculer.

Par une belle chute il faut me signaler,

Et laisser un débris du moins, après ma fuite,

Qui de mes ennemis retarde la poursuite.

Bajazet vit encor. Pourquoi nous étonner?

Acomat de plus loin a su le ramener.

Sauvons-le, malgré lui, de ce péril extrême,

Pour nous, pour nos ami-s, pour Rcjcane eile-même.

Tu vois combien son cœur, prêt à le protéger,

A retenu mon bras trop prompt à la venger.

Je connais peu l'amour, mais j'ose te répondre

Qu'il n'est pas condamné, puisqu'on le veut confondre ;

Que nous avons du temps. Malgré son désespoir,

Roxane l'aime encore, Osmin, et le va voir.

OSMIX.

Enfin que vous inspire une si noble audace ? Si Roxane l'ordonne, il faut quitter la place. Ce palais est tout plein...

AcOMAT.

Oui, d'esclaves obscurs, Nourris loin de la guerre, à l'ombre de ses murs. Mais toi, dont la valeur, d'Amurat oubliée, Par de communs chagrins à mon sort s'est liée, Voudras-tu jusqu'au bout seconder mes fureurs ?

OsMIiN.

Seigneur, vous m'offensez. Si vous mourez, je meurs.

AcOMAT.

D'amis et de soldats une troupe hardie

Aux portes du palais attend notre sortie.

La sultane, d'ailleurs, se fie à mes discours.

Nourri dans le sérail, j'en connais les détours.

Je sais de Bajazet l'ordinaire demeure.

Ne tardons plus, marchons ; et, s'il faut que je meure,

Mourons, moi, cher Osmin, comme un vizir, et toi

Comme le favori d'un homme tel que moi.

Page 1