ACTE I, SCÈNE II
Sa dépouille est un bien qu'ils veulent recueillir, Et jamais leurs chagrins ne nous laissent vieillir. Bajazet aujourd'hui m'honore et me caresse, Ses périls tous les jours réveillent sa tendresse; Ce même Bajazet, sur le trône affermi, Méconnaîtra peut-être un inutile ami.
Et moi, si mon devoir, si ma loi ne l'arrête, S'il ose quelque jour me demander ma tête... Je ne m'explique point, Osmin; mais je prétends Que du moins il faudra la demander longtemps. Je sais rendre aux sultans de fidèles services; Mais je laisse au vulgaire adorer leurs caprices, Et ne me pique point du scrupule insensé De bénir mon trépas quand ils l'ont prononcé.
Voilà donc de ces lieux ce qui m'ouvre l'entrée, Et comme enlin Roxane à mes yeux s'est montrée, Invisible d'abord, elle entendait ma voix. Et craignait du sérail les rigoureuses lois ; Mais enfin, bannissant cette importune crainte, Qui dans nos entretiens jetait trop de contrainte. Elle-même a choisi cet endroit écarté.
Où nos cœurs à nos yeux parlent en liberté. Par un chemin obscur un esclave me guide. Et... Mais on vient. C'est elle et sa chère Atalide. Demeure, et, s'il le faut, sois prêt à confirmer Le récit important dont je vais l'informer.