‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 55 sur 305 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

MONIME, XlPHARÈS.

Monime.

Seigneur, je viens à vous. Car enfln aujourd'hui, Si vous m'abandonnez, quel sera mon appui? Sans parents, sans amis, désolée et craintive, Reine longtemps de nom, mais en effet captive, Et veuve maintenant sans avoir eu d'époux, Seigneur, de mes malheurs ce sont là les plus doux. le tremble à vous nommer l'ennemi qui m'opprime. J'espère toutefois qu'un cœur si magnanime Ne sacrifiera point les pleurs des malheureux Aux intérêts du sang qui vous unit tous deux. Vous devez à ces mots reconnaître Pharnace. C'est lui. Seigneur, c'est lui, dont la coupable audace Veut, la force à la main, m'attacher à son sort Par un hymen pour moi plus cruel que la mort. Sous quel astre ennemi faut-il que je sois née I Au joug d'un autre hymen sans amour destinée, A peine je suis libre, et goûte quelque paix, - Qu'il faut que je me livre à tout ce que je hais. Peut-être je devrais, plus humble en ma misère. Me souvenir du moins que je parle à son frère. Mais, soit raison, destin, soit que ma haine en lui Confonde les Romains dont il cherche l'appui, Jamais hymen formé sous le plus noir auspice De l'hymen que je crains n'égala le supplice. Et, si Monime en pleurs ne voue peut émouvoir, Si je n'ai plus pour moi que mon seul désespoir, Au pied du même autel où je suis attendue,

Seigneur, vous me verrez, h moi-même rendue, Percer ce triste cœur qu'on veut tyranniser, Et dont jamais encor je n'ai pu disposer.

XlPHARÈS.

Madame, assurez-vous ^ de mon obéissance. Vous avez dans ces lieux une entière puissance. Pharnace ira, s'il veut, se faire craindre ailleurs. Mais vous ne savez pas encor tous vos malheurs.

MOMME.

Hé ! quel nouveau malheur peut affliger Monime, Seigneur ?

XlPHARÈS.

Si vous aimer c'est faire un si grand crime, Pharnace n'en est pas seul coupable aujourd'hui, Et je suis mille fois plus criminel que lui.

Vous I

XlPHARÈS.

Mettez .ce malheur au rang des plus funestes. Attestez, s'il le faut, les puissances célestes Contre un sang malheureux né pour vous tourmenter, Père, enfants, animés à vous persécuter. Mais, avec quelque ennui que vous puissiez apprendre Cet amour criminel qui vient de vous surprendre, Jamais tout vos malheurs ne sauraient approcher Des maux que j'ai soufferts en le voulant cacher. Ne croyez point pourtant que, semblable à Pharnace, Je vous serve aujourd'hui pour me mettre en sa place. Vous voulez être à vous, j'en ai donné ma foi. Et vous ne dépendrez ni de lui ni de moi. Mais, quand je vous aurai pleinement satisfaite, En quels lieux avez-vous choisi votre retraite ? Sera-ce loin, Madame, ou près de mes États ? Me sera-t-il permis d'y conduire vos pas? Verrez-yous d'un même oeil le crime et l'innocence ? En fuyant mon rival fuirez-vous ma présence? Pour prix d'avoir si bien secondé vos souhaits, Faudra-t-il me résoudre à ne vous voir jamais?

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