‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 54 sur 305 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

!lle lui- céderait une indigne victoire, u saiis par quels efforts il tenta sa vertu, It que, lassé d'avoir vainement combattu, absent, mais toujours plein de son amour extrême, [ lui fit par tes mains porter son diadème, uge de mes douleurs, quand des bruits trop certains ['annoncèrent du roi l'amour et les desseins, luand je sus qu'à son lit Monime réservée .vait pris avec toi le chemin de Nymphée. Hélas I ce fut encor dans ce temps odieux lu'aux offres des Romains ma mère ouvrit les yeux; lu pour venger sa foi par cet hymen trompée *, lu ménageant pour moi la faveur de Pompée, 111e trahit mon père, et rendit aux Romains ,a place et les trésors confiés en ses mains, jue devins-je au récit du crime de ma mère ! e ne regardai plus mon rival dans mon père, 'oubliai mon amour par le sien traversé, e n'eus devant les yeux que mon père offensé, 'attaquai les Romains, et ma mère éperdue le vit, en reprenant cette place rendue, L mille coups mortels contre eux me dévouer, ît chercher en mourant à la désavouer.

.'Euxin depuis ce temps fut libre, et l'est encore ; ît, des rives de Pont aux rives du Bosphore, 'out reconnut mon père, et ses heureux vaisseaux l'eurent plus d'ennemis que les vents et les eaux, e voulais fôdre plus. Je prétendais, Arbate, ïoi-même à son secours m'avancer vers l'Euphrate. e fus soudain frappé du bruit de son trépas, lu milieu de mes pleurs, je ne le cèle pas, lonime, qu'en tes mains mon père avait laissée, Lvec tous ses attraits revint en ma pensée. )ue dis-je ? En ce malheur je tremblai pour ses jours, e redoutai du roi les cruelles amours, ru sais combien de fois ses jalouses tendresses )nt pris soin d'assurer la mort de ses maîtresses.

1. Les éditions anciennes n'indiquent pas clairement la coupure le la phrase ; il n'y a qu'une virgule à la fin de ce vers, ainsi qu'à a n du vers suivant.

Je volai vers Nymphée ; et mes tristes regards

Rencontrèrent Pharnace au pied de ses remparts.

J'en conçus, je l'avoue, un présage funeste.

Tu nous reçus tous deux, et tu sais tout le reste.

Pharnace, en ses desseins toujours impétueux,

Ne dissimula point ses vœux présomptueux :

De mon père à la reine il conta la disgrâce,

L'assura de sa mort, et s'offrit en sa place.

Comme il le dit, Arbate, il veut l'exécuter.

Mais enfin à mon tour je prétends éclater.

Autant que mon amour respecta la puissance

D'un père à qui je fus dévoué dès l'enfance,

Autant ce même amour maintenant révolté,

De ce nouveau rival brave l'autorité.

Ou Monime, à ma flamme elle-même contraire,

Condamnera l'aveu que je prétends lui faire,

Ou bien quelques malheurs qu'il en puisse avenir*,

Ce n'est que par ma mort qu'on la peut obtenir.

Voilà tous les secrets que je voulais t'apprendre. C'est à toi de choisir quel parti tu dois prendre ; Qui des deux te paraît plus digne de ta foi, L'esclave des Romains, ou le fils de ton roi ; Fier de leur amitié, Pharnace croit peut-être Commander dans Nymphée et me parler en maître. Mais ici mon pouvoir ne connaît point le sien. Le Pont est son partage, et Colchos est le mien ; Et l'on sait que toujours la Colchide et ses princes Ont compté ce Bosphore au rang de leurs provinces.

Arbate.

Commandez-moi, Seigneur. Si j'ai quelque pouvoir, Mon choix est déjà fait, je ferai mon devoir. Avec le même zèle, avec la même audace Que je servais le père et gardais cette place, Et contre votre frère, et même contre vous. Après la mort du roi, je vous sers contre tous. Sans vous ne sais-je pas que ma mort assurée De Pharnace en ces lieux allait suivre l'entrée? Sais-je pas que mon sang, par ses mains répandu, Elit souillé ce rempart contre lui défendu ?

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