‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 75 sur 305 · ACTE III, SCÈNE I lOi · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE I lOi

Pharnace.

Seigneur, je ne vous puis déguiser ma surprise. J'écoute avec transport cette grande entreprise ; Je l'admire ; et jamais un plus hardi dessein Ne mit à des vaincus les armes à la main. Surtout j'admire en vous ce cœur infatigable Qui semble s'affermir sous le faix qui l'accable. Mais, si j'ose parler avec sincérité, En étes-vous réduit à cette extrémité ? Pourquoi tenter si loin des courses inutiles Quand vos États encor vous offrent tant d'asiles, Et vouloir affronter des travaux infinis. Dignes plutôt d'un chef de malheureux bannis Que d'un roi qui n'aguere ', avec quelque apparence, De l'aurore au couchant portait son espérance, Fondait sur trente États son trône florissant, Dont le débris est même un empire puissant? Vous seul, Seigneur, vous seul, après quarante années, Pouvez encor lutter contre les destinées : ^

Implacable ennemi de Rome et du repos.

Comptez-vous vos soldats pour autant de héros? Pensez-vous que ces cœurs, tremblants de leur défaite, Fatigués d'une longue et pénible retraite. Cherchent avidement sous un ciel étranger La mort, et le travail 2, pire que le danger? Vaincus plus d'une fois aux yeux de la patrie, Soutiendront-ils ailleurs un vainqueur en furie ? Sera-t-il moins terrible et le vaincront-ils mieux Dans le sein de sa ville, à l'aspect de ses dieux?

Le Parthe vous recherche, et vous demande un gendre. Mais ce Parthe, Seigneur, ardent à vous défendre Lorsque tout l'univers semblait vous protéger. D'un gendre sans appui voudra-t-il se charger ? M'en irai-je moi seul, rebut de la Fortune, Essuyer l'inconstance au Parthe si commune. Et peut-être, pour fruit d'un téméraire amour, Exposer votre nom au mépris de sa cour?

1. S'aguere s'écrivait autrefois ainsi, l'étymologie de ce mot étant il n'y a guère.

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