ACTE IV, SCÈNE II il
XlPHARÈS.
Généreuse Monime, Ne vous imputez point le malheur qui m'opprime. Votre seule bonté n'est point ce qui me nuit. Je suis un malheureux que le destin poursuit. C'est lui qui m'a ravi l'amitié de mon père, m^ Qui le fit mon rival, qui révolta ma mère, Et vient de susciter, dans ce moment affreux, Un secret ennemi pour nous trahir tous deux.
Hé quoi ! cet ennemi, vous l'ignorez encore ?
XlPHARÈS.
Pour surcroît de douleur, Madame, je l'ignore. Heureux si je pouvais, avant que m'immoler, Percer le traître cœur qui m'a pu déceler I
Monime.
Eh bien. Seigneur, il faut vous le faire connaître. Ne cherchez point ailleurs cet ennemi, ce traître. Frappez. Aucun respect ne vous doit retenir. J'ai tout fait. Et c'est moi que vous devez punir.
XlPHARÈS.
Vous !
Monime.
Ah I si vous saviez. Prince, avec quelle adresse Le cruel est venu surprendre ma tendresse I Quelle amitié sincère il affectait pour \ous I Content s'il vous voyait devenir mon époux. Qui n'aurait cru... Mais non, mon amour, plus timide, Devait moins vous livrer à sa bonté perfide. Les dieux qui m'inspiraient, et que j'ai mal suivis, M'ont fait taire trois fois par de secrets avis. J'ai dù^ continuer ; j'ai dû dans tout le reste... Que sais-je enfin ? J'ai dû vous être moins funeste. J'ai dû craindre du roi les dons empoisonnés, Et je m'en punirai, si vous me pardonnez.
XlPHARÈS.
Quoi I Madame ( c'est vous, c'est l'amour qui m'expose ?
1. Tai dû, répété quatre fois, a le sens que nous donnerions aujourd'btti à i'aurais dû.
Mon malheur est parti d'une si belle cause ? Trop d'amour a trahi nos secrets amoureux ? Et vous vous excusez de m'avoir fait heureux ? Que voudrais-je de plus? Glorieux et fidèle, Je meurs. Un autre sort au trône vous appelle. Consentez:jjr, Madame, et, sans plus résister, Achevez un hymen qui vous y fait monter.
MONIME
Quoi I vous me demandez que j'épouse un barbare, Dont l'odieux amour pour jamais nous sépare ?
XlPHARÈS.
Songez que ce matin, soumise à ses souhaits, Vous deviez l'épouser et ne me voir jamais.
MON'IME.
Et connaissais-je alors toute sa barbarie ?
Ne voudriez-vous point qu'approuvant sa furie,
Après vous avoir vu tout percé de ses coups.
Je suivisse à l'autel un tyrannique époux,
Et que dans une main de votre sang fumante
J'allasse mettre, hélas ! la main de votre amante ?
Allez, de ses fureurs songez à vous garder.
Sans perdre ici le temps à me persuader.
Le Ciel m'inspirera queJ parti je dois prendre.
Que serait-ce, grands dieux ! s'il venait vous surprendre ?
Que dis-je? On vient. Allez, courez; vivez enfin,
Et du moins attendez quel sera mon destin.
SCExNE III.
MONIME, PHŒDLME.
Phœdime.
Madame, à quels périls il exposait sa vie ! C'est le roi.
MONIME
Cowrs l'aider à cacher sa sortie.
Va, ne le quitte point. Et qu'il se garde bien D'ordonner de son sort sans être instruit du mien.