‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 87 sur 305 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

MITHRIDATE, MONIME

MiTURlDATE.

Allons, Madame, allons. Une raison secrète Me fait quitter ces lieux et hâter ma retraite. Tandis que mes soldats, prêts à suivre leur roi, Rentrent dans mes vaisseaux pour partir avec moi, Venez, et qu'à l'autel ma promesse accomplie Par des nœuds éternels l'un à l'autre nous lie.

MONIME

Nous, Seigneur?

MiTHRIDATE.

Quoi, Madame ! osez-vous balancer ?

MONlME.

Et ne ra'avez-vous pas défendu d'y penser

J'eus mes raisons alors. Oublions-les, Madame. Ne songez maintenant qu'à répondre à ma flamme. Songez que votre cœur est un bien qui m'est dû.

MONIME

Hé ! pourquoi donc. Seigneur, me l'avez-vous rendu ?

MiTHRIDATE.

Quoi ! pour un fils ingrat toujours préoccupée, Vous croiriez...

MONIME

Quoi ! Seigneur ! Vous m'auriez donc trompée ?

MiTHRIDATE.

Perfide ! 11 vous sied bien de tenir ce discours, Vous qui, gardant au cœur d'infidèles amours. Quand je vous élevais au comble de la gloire, M'avez des trahisons préparé la plus noire. Ne vous souvient-il plus, cœur ingrat et sans foi. Plus que tous les Romains conjuré contre moi, De quel rang glorieux j'ai bien voulu descendre Pour vous porter au trône, où vous n'osiez prétendre? Ne me regardez point vaincu, persécuté.

Revoyez-moi vainqueur et partout redouté. Songez de quelle ardeur, dans Éphèse adorée, Aux filles de cent rois je vous ai préférée,

Et, négligeant pour vous tant d'heureux alliés, Quelle foule d'Etats je mettais à vos pieds. Ah ! si d'un autre amour le penchant invincible Dès lors à mes bontés vous rendait insensible, Pourquoi chercher si loin un odieux époux ? Avant que de partir, pourquoi vous taisiez-vous ? Attendiez-vous, pour faire un aveu si funeste, Que le sort ennemi m'eût ravi tout le reste. Et que, de toutes parts me voyant accabler, J'eusse en vous le seul bien qui me put consoler? Cependant, quand je veux oublier cet outrage, Et cacher à mon cœur cette funeste image. Vous osez à mes yeux rappeler le passé ; Vous m'accusez encor, quand je suis offensé. Je vois que pour un traître un fol espoir vous flatte. A quelle épreuve ô Ciel ! réduis-tu Mithridate ! Par quel charme secret laissai-je retenir Ce courroux si sévère et si prompt à punir I Profitez du moment que mon amour vous donne. Pour la dernière fois, venez, je vous l'ordonne. N'attirez point sur vous des périls superflus, Pour un fils insolent que vous ne verrez plus. Sans vous parer pour lui d'une foi qui m'est due, Perdez-en la mémoire, aussi bien que la vue, Et, désormais sensible à ma seule bonté, Méritez le pardon qui vous est présenté.

MONIME

Je n'ai point oublié quelle reconnaissance, Seigneur, m'a dû ranger sous votre obéissance. Quelque rang où jadis soient montés mes aïeux, Leur gloire de si loin n'éblouit point mes yeux. Je songe avez respect de combien je suis née Au dessous des grandeurs d'un si noble hyménéc ; Et, malgré mon penchant et mes premiers desseins Pour un fils, après vous, le plus grand des humains, Du jour que sur mon front on mit ce diadème, Je renonçai, Seigneur, à ce prince, à moi-même. Tous deux d'intelligence à nous sacrifier. Loin de moi par mon ordre il courait m'oublier. Dans l'ombre du secret ce feu s'allait éteindre ; Et même de mon sort je ne pouvais me plaindre,

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