‹ Theatre complet de Jean RacineChapitre 89 sur 305 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Elle me quitte 1 Et moi, dans un lâche silence,

Je semble de sa fuite approuver l'insolence I

P.eu s'en faut que mon cœur, penchant de son côté,

Ne me condamne encor de trop de cruauté I

Qui suis-je? Est-ce Monime? Et suis-je Mithridate?

Non, non, plus de pardon, plus d'amour pour l'ingrate.

Ma colère revient, et je me reconnois.

Immolons en partant trois ingrats à la fois.

Je vais à Rome, et c'est par de tels sacrifices

Qu'il faut à ma fureur rendre les dieux propices.

Je le dois, je le puis, ils n'ont plus de support.

Les plus séditieux sont déjà loin du bord.

Sans distinguer entre eux qui je hais ou qui j'aime.

Allons, et commençons par Xipharès lui-même.

Mais quelle est ma fureur? et qu'est-ce que je dis? Tu vas sacrifier, qui, malheureux ! ton fils ! Un fils que Rome craint ! qui peut venger son père ! Pourquoi répandre un sang qui m'est si nécessaire? Ah ! dans l'état funeste où ma chute m'a mis, Est-ce que mon malheur m'a laissé trop d'amis ? Songeons plutôt, songeons à gagner sa tendresse. J'ai besoin d'un vengeur, et non d'une maîtresse. Quoi ! ne vaut-il pas mieux, puisqu'il faut m'en priver, La céder à ce fils que je veux conserver? Cédons-la. Vains efforts I qui ne font que m'instruire Des faiblesses d'un cœur qui cherche à se séduire l Je brûle, je l'adore, et, loin de la bannir... Ah ! c'est un crime encor dont je la veux punir*.

i. Dans les éditions antérieures à 1697, venaient s'intercaler ici les quatre vers suivants :

Mon amour trop longtemps tient ma gloire captive Qu'elle périsse seule, et que mon fils me suive. Un peu de fermeté, punissant ses refus, Me va mettre en état de ne le craindre plus.

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