SCENE K
TAXIS, ZELIDE,
Tant s.
PRINCESSE, dans mes yeux vous lifez mon
offenfe ;
Mon crime éclate devant vous»
Je crains la célefte vengeance ;
Mais je crains plus votre courroux.
ZELIDE J’ignore à quels deffeins votre cœur s’abandonne.
Je vois en vous mon défenfeur
S’il eft un crime au fond de votre cœur.
Je fens que le mien vous pardonne.
Un Berger vous adore , & vous lui pardonnez !
Ah! je tremblais à vous le dire.
J’ai bravé les fronts couronnés.
Et leur éclat, & leur empire.
Mon orgueil me trompait ; j’écoutai trop fa voix.
Cet orgueil s'abaiffe; il commence ,
Depuis le jour que je vous vois , A fentir qu’entre nous il eft trop de diftance..
ZELIDE.
Il n'en eft point, Tanis, & s’il en, eût été.
L'amour l’aurait fait difparaître. 154 T A N I S ET Z E L I D E.
Ce n’eft pas des grandeurs où les Dieux m’ont-fait
naître ,
Que mon cœur eft le plus flatté.
L’amant que votre cœur préfère ,
Devient le premier des humains.
Vous voir, vous adorer, vous plaire,
Eft le plus brillant des deftins.
Mais quand vous m’êtes propice ,
Le ciel paraît en courroux ;
J’aurais cru que fa juftice
Penfait toujours comme vous.
Non, je ne puis douter que le ciel ne vous aime.
Je viens d’entendre ici fon oracle fuprême :
L’amour doit dans Memphis me punir à vos yeux.
Vous punir ? vous , Tanis ! quelle horrible injuftice!
Ah! que plutôt Memphis périffe!
Evitons ces murs odieux ,
Evitons cette ville impie & meurtrière.
Je renonce à Memphis , je demeure en ces lieux ;
Vos lois feront mes lois , vos Dieux feront mes
Dieux;
Tanis me tiendra lieu de la nature entière :
Je n’y vois plus rien que nous deux.
Tanis & ZELIDE
Ofiris que l’amour engage.
Toujours aimé d’Ifis, & toujours amoureux 9
Nous ferons fidèles, heureux ,
Dans cet obfcur bocage ,
Comme vous l’êtes dans les deux.