‹ Théátre complet de M. de Voltaire. 9Chapitre 124 sur 192 · DES ÉDITEURS · texte numérisé non relu

DES ÉDITEURS

Cette petite pièce fut faite pour M. Grétry ; qui, avant de venir à Paris, avait paffé fix mois à Genève, d’où il fe rendait fréquemment à Ferney. M. de Kokaire & madame Denis, fur quelques efais qu’il leur fit-entendre, conçurent une fi grande efpérance de fes talens, qu’ils le pressèrent vivement d’aller les exercer dans la capitale; & pour l’y déterminer d’autant mieux, M. de Voltaire s’offrit de travailler dans un genre nouveau , dont il n’ofait cependant efpérer , disait - il, d’atteindre la fublimité. Il donna en effet le Baron d'Otrante à M. Grétry, qui vient de préfenter aux Comédiens italiens, comme l'ouvrage d'un jeune-homme de province. Les Comédiens refusèrent la pièce, en avouant cependant que l’auteur n’était pas fans talens , & qu’il promettait beaucoup. Ils engagèrent même M. Grétry à mander au jeune-homme que s’il voulait fe rendre à Paris, on pourrait lui indiquer des changemensnécelfairespour faire-admettre & repréfenter fa pièce, 8t que moyennant un peu d’étude de leur théâtre, & de la docilité, il pourrait lui être utile par fes travaux & fe rendre digne d’y être attaché.

Le jeune auteur reconnut fon infuffifance, & ne jugera pas à propos de fe déplacer. Il aima mieux renoncer à une gloire qu’il défefpérait d’obtenir. Cet événement empêcha M. Grétry de mettre la pièce en mufique , & M. de Voltaire de faire d’autres opéracomiques que le Baron d'Otrante , & les Deux Tonneaux qu'il avait commencés,

il eft affez remarquable que M. de Voltaire donna le premier un opéra à M. Grétry , comme il avait donné le premier, vers 1730, une tragédie lyrique (*) à Rameau 9 avant que ces deux grands muficiens fe fuffent encore exercés dans les genres où ils ont excellé. Le grand poète découvrit leur génie & devina leurs fuccès. Peut-être il détermina feul leur vocation , & dans ce cas, la France lui ferait en partie redevable des chefs-d’œuvre qu’ils lui ont donnés. Quel homme grave, à ce prix, ne pardonnerait à M. de Voltaire d'avoir fait des opéra-comiques ?

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