LE B A R O N, I R È N E
Le Baron chante :
Belle Irène, belle confine.
Ma langueur chagrine
S'en va quand je te vois;
L’amour vole à ta voix ;
Tes yeux m’infpirent l’allégrefe ,
Ton cœur fait mon deftin ;
Tout m’ennuyait, tout m’intérese :
Je commence à goûter du plaifir ce matin.
Mais répondez-moi donc en chanfons, belle Irène; C’eû dans ces lieux chéris une loi fouveraine. Dont ni berger ni roi ne fe peut écarter.
Si l’on y parle un peu , ce n’eft que pour chanter. Vous avez une voix fi tendre & fi touchante ?
IRENE
Il n’ef point à propos, mon cousin , que je chante; Je n’en ai nulle envie: on pleure dans Otrante. Vos conseillers-privés prennent tout votre argent: Vous ne fongez à rien, & l’on vous fait-accroire
Que tout le monde efi fort content.
Le Baron.
Je le fuis avec vous: j’y mets toute ma gloire.
Ire N e.
Sachez que pour me plaire il vous faudra changer. D’une molefe indigne il faut vous corriger;
Sans cela point de mariage.
Vous avez des vertus, vous avez du courage :
La nonchalance a tout gâté.
On ne vous a donné que des leçons ftériles ; On s’eR moqué de vous, & votre oifiveté
Rendra vos vertus inutiles.
Le Baron.
Mes confeillers-privés....
IRENE
Seigneur, font des fripons Qui vous avaient donné de méchantes leçons.
Et qui vous nourriffaient d’orgueil &defadaife; Pour mieux pouvoir piller la baronnie à l'aife.
Le Baron.
Oui, l’on m’élevait mal : oui, je m’en apperçois 3 Et je me fens tout autre alors que je vous vois. On ne m'a rien appris ; le vide eû dans ma tête: Mais mon cœur plein de vous, & plein de ma con-
quête, Me rendra digne enfin de plaire à vos beaux yeux : Etant aimé de vous, j’en vaudrai beaucoup mieux.
Irene.
Alors , Seigneur, alors à vos vertus rendue, Je reprendrai pour vous la voix que j'ai perdue.
( elle chante, )
Pour jamais je vous chérirai ;
De tout mon cœur je chanterai ;
Amant
Amant charmant, aimez toujours Irène.
Régnez fur tous les cœurs, & préférez le mien. Que le tems affermiffe un fi tendre lien ;
Que le tems redouble ma chaîne !
( Tous deux enfemble^
Non, je ne m’ennuîrai jamais;
J’aimerai toute ma vie.
Amour, amour, lance tes traits,
Lance tes traits
Dans mon âme ravie.
Non , je ne m'ennuîrai jamais,
J’aimerai toute ma vie.
( on entend une grande rumeur & des cris^
IRENE
O Ciel ! quels cris affreux !
Le Baron.
Quel tumulte ! quel bruit !
Quel étrange gala ! chacun court, chacun fuit. ===== === =—========= ==== ======== =*