‹ Théátre complet de M. de Voltaire. 9Chapitre 127 sur 192 · LE B A R O N, I R È N E · texte numérisé non relu

LE B A R O N, I R È N E

Le Baron chante :

Belle Irène, belle confine.

Ma langueur chagrine

S'en va quand je te vois;

L’amour vole à ta voix ;

Tes yeux m’infpirent l’allégrefe ,

Ton cœur fait mon deftin ;

Tout m’ennuyait, tout m’intérese :

Je commence à goûter du plaifir ce matin.

Mais répondez-moi donc en chanfons, belle Irène; C’eû dans ces lieux chéris une loi fouveraine. Dont ni berger ni roi ne fe peut écarter.

Si l’on y parle un peu , ce n’eft que pour chanter. Vous avez une voix fi tendre & fi touchante ?

IRENE

Il n’ef point à propos, mon cousin , que je chante; Je n’en ai nulle envie: on pleure dans Otrante. Vos conseillers-privés prennent tout votre argent: Vous ne fongez à rien, & l’on vous fait-accroire

Que tout le monde efi fort content.

Le Baron.

Je le fuis avec vous: j’y mets toute ma gloire.

Ire N e.

Sachez que pour me plaire il vous faudra changer. D’une molefe indigne il faut vous corriger;

Sans cela point de mariage.

Vous avez des vertus, vous avez du courage :

La nonchalance a tout gâté.

On ne vous a donné que des leçons ftériles ; On s’eR moqué de vous, & votre oifiveté

Rendra vos vertus inutiles.

Le Baron.

Mes confeillers-privés....

IRENE

Seigneur, font des fripons Qui vous avaient donné de méchantes leçons.

Et qui vous nourriffaient d’orgueil &defadaife; Pour mieux pouvoir piller la baronnie à l'aife.

Le Baron.

Oui, l’on m’élevait mal : oui, je m’en apperçois 3 Et je me fens tout autre alors que je vous vois. On ne m'a rien appris ; le vide eû dans ma tête: Mais mon cœur plein de vous, & plein de ma con-

quête, Me rendra digne enfin de plaire à vos beaux yeux : Etant aimé de vous, j’en vaudrai beaucoup mieux.

Irene.

Alors , Seigneur, alors à vos vertus rendue, Je reprendrai pour vous la voix que j'ai perdue.

( elle chante, )

Pour jamais je vous chérirai ;

De tout mon cœur je chanterai ;

Amant

Amant charmant, aimez toujours Irène.

Régnez fur tous les cœurs, & préférez le mien. Que le tems affermiffe un fi tendre lien ;

Que le tems redouble ma chaîne !

( Tous deux enfemble^

Non, je ne m’ennuîrai jamais;

J’aimerai toute ma vie.

Amour, amour, lance tes traits,

Lance tes traits

Dans mon âme ravie.

Non , je ne m'ennuîrai jamais,

J’aimerai toute ma vie.

( on entend une grande rumeur & des cris^

IRENE

O Ciel ! quels cris affreux !

Le Baron.

Quel tumulte ! quel bruit !

Quel étrange gala ! chacun court, chacun fuit. ===== === =—========= ==== ======== =*

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