‹ Théátre complet de M. de Voltaire. 9Chapitre 146 sur 192 · GREGOIRE · texte numérisé non relu

GREGOIRE

C'eftà vous de jurer , Glycère, à votre tour Devant Bacchus lui-même au grand Dieu de l’amour..

GLYCERE chanté :

Je jure une haine implacable

A ce vilain magot,

A ce fat, à ce fot ;

Il m'eft infupportable.

Je jure une haine implacable

A ce fat, à ce fot.

Oui. mon père , oui, mon père,

aimerais mieux en enfer

Époufer Lucifer,

Qu’on n’irrite point ma colère ; Oui, je verrais plutôt le peu que j’ai d’appas

Dans la gueule du chien Cerbère,

Qu’entre les bras

Du vilain qui croit me plaire.

Qu’ai-je entendu, grands Dieux !

Les DEUX PERES enfemble.

Ah, ma fille !

Ah,mafœur?

Ef-ce vous qui parlez, maGlycère?

G L Y C E R E , reculant.

Ah, l’horreur2 Ote-toi de mes yeux : ton feul aspect m’afflige.

Quoi/ c'ef donc tout-de-bon?

Retire-toi, te dis-je ;

Tu me donnerais des vapeurs.

Eh ! qu'eft-il arrivé ! Dieux puifans. Dieux vengeurs. En étiez-vous jaloux? m‘ôtez-vous ce que j’aime? Ma charmante maitreffe, idole de mes fens,

Reprends les tiens, rentre en toi-même; VoisDaphnis à tes pieds, les yeux chargés de pleurs,

Je ne puis te fouffrir: je te l’ai dit, je penfe.

Affez net, affez clairement.

Va-t-en , ou je m’en vais.

Le PERE de Daphnis,

Ciel! quelle extravagance

Daphnis.

Prétends-tu m’éprouver par ces affreux ennuis? As-tu voulu jouir de ma douleur profonde?

Tu ne t’en vas point ; je m’enfuis..

Pour être loin de toi j’irais au bout du monde»

( elle fort, )

Les deux PERES PRESTINE. Daphnis.

Je fuis tout confondu... Je frémis... Je me meurs !

( Tous enfemble, )

Quel changement ! quelles alarmes !

ER-ce-là cet hymen fi doux, fi plein de charmes?

Non 3 je ne rirai plus: coulez , mes pleurs.

( Tous enfimble. )

Dieu puifant, rends-nous tes faveurs.

Grégoire chante feul^

Quand je vois quatre perfonnes

Ainfi pleurer en chantant,

Mon cœur fe fend.

Bacchus, tu les abandonnes;

Il faut en faire autant. ( il s'en va, ) -=====================;

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