‹ Théátre complet de M. de Voltaire. 9Chapitre 147 sur 192 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

IZ PERE de D^knis , L E PERE de Glyc'ere,

DAPHNIS, PRESTINE.

L E PERE de Da^hnis à celui de Glycère* Ecoutez; j’ai du fens, car j'ai vu bien deschofes. Des efprits, des forciers & des métempfycoses. Le Dieu je révère, & qui règne en ces lieux, Me femble, après l’Amour , le plus malin des Dieux. Je l’ai vu dans mon tems troubler bien des cervelles.; Il produirait fou vent d’affez vives querelles: Mais cela s’éteignait après une heure ou deux. Peut-être que la coupe était d’un vin fumeux, Ou dur, ou pétillant, & qui porte à la tête.

Ma fille en a trop bu: de-là vient la tempête Qui de nos jours heureux a noirci le plus beau. La coupe nuptiale a troublé fon cerveau:

Elle eâ folle, il ef vrai; mais. Dieu merci , tout

paffe :

Je n’ai vu ni d’amour ni de haine fans fin... Elle te r'aimera , tu rentreras en grâce

Dès qu’elle aura cuvé fon vin.

Mon père, vous avez beaucoup d'expérience;

Vous raifonnez on ne peut mieux.

Je n’ai ni raifon ni feience,

Mais j’ai des oreilles, des yeux.

De ce temple facré j’ai vu la balayeufe.

Qui d’une voix myftérieufe A dit à ma grand'fœur , avec un ton fort doux, «Quand on vous marîra, prenez bien garde à vous.» J’avais fait peu de cas d’une telle parole:

Je ne pouvais me défier

Que cela pût fignifier

Que ma grand'fœur deviendrait folle.

Et puis je me fuis dit, ( toujours en raifonnant)

Ms fœur eû folle cependant.

Grégoire eft bien malin: il pourchaffaGlycère: Il n’en eut qu’un refus ; il doit être en colère.

Il eft devenu grand feigneur:

On aime quelquefois à venger fon injure.

Moi, je me vengerais, fi l’on m’ôtait un cœur.

Voyez s’il eft quelque valeur

Dans ma petite conjecture.

Oui, Preftine a raifon.

Le PERE de Glycère.

Cette fille ira loin,

Le PEREde Daphnis.

Ce fera quelque jour une maitreffe femme.

Daphnis.

Allez tous, laifez-moi le foin

De punir ici cet infâme:

A ce monstre ennemi je veux arracher Famé.

Lai fiez-moi.

Le PERE de Glycère*

Qui l’eût cru qu’un jour fi fortuné

A tant de maux fût definé:

Le P E R E de Daphrds, Hélas, j’en ai tant vu dans le cours de ma vie! De tous les tems pafés l'hiftoire en eft remplie.

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