‹ Théátre complet de M. de Voltaire. 9Chapitre 148 sur 192 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

LES Acteurs PRÉCEDENS , GREGOIRE, revenant

dans fan premier habit,

O douleur ! ô tranfports jaloux!

Holà I hé? Moniteur le Grand-prêtre,

Monfieur Grégoire, approchez-vous,

Grégoire.

Quel profane en ces lieux frappe & me parle en

maître ?

C’eû moi : me connais-tu ?

Grégoire.

Qui, toi ? mon ami, non, Je ne te connais point à cet étrange ton Que tu prends avec moi.

Tu vas donc me connaître.

Tu mourras de ma main : je vais t'afommer , traître !

Je vais t’exterminer, fripon !

Grégoire.

Tu manques de refpect à Grégoire, à ma place !

Va , ce fer que tu vois en manquera bien plus ;

il faut punir ta lâche audace.

Indigne fuppôt de Bacchus, Tremble, & rends-moi ma femme.

Grégoire.

Eh mais ! pour te la rendre, il faudrait avoir eu le plaifir de la prendre. Tu vois, je ne l’ai point.

Non, tu ne l’auras pas,

Mais c'ef toi qui me l’as ravie:

C'eft toi qui l’as changée, & prefque dans mes bras.

Elle m’aimait plus que fa vie,

Avant d’avoir goûté ton vin.

On connaît ton efprit malin.

A peine a-t-elle bu de ta liqueur mêlée, Sa haine contre moi foudain s'ef exhalée.

Elle me fuit, m’outrage, & m’accable d’horreurs.

C'eft toi qui l’as enforcelée.

Tes pareils dès long-tems font des empoifonneurs,

Grégoire.

Quoi,ta femme te hait!

Oui, perfide , à la rage.

Grégoire.

Eh mais ! c’eft quelquefois un fruit du mariage; Tu peux t’en informer.

Non, toi feul as tout fait : Tu mets à mon bonheur un invincible obftacle,

G R E G o IR E.

Tu crois donc , mon ami, Qu’use femme en effet

Ne peut te haïr fans miracle?

Je crois que dans l’inftant à mon juste dépit.

Lâche, ton fang va fatisfaire.

Grégoire.

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