‹ Théátre complet de M. de Voltaire. 9Chapitre 167 sur 192 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

( On entend le tonnerre ; on voit des éclairs. C AS C A entre

l’épée a la main. CICERON entre par un autre côté , 6

rencontre Cafca, )

B o n foir , mon cher Cafca. Céfar elt-il chez lui?

Tu parais fans haleine , & les yeux effarés,

N’êtes-vous pas troublé 2 quand vous voyez la terre

Trembler avec effroi jufqu’en fes fondemens ?

J’ai vu cent fois les vents & les hères tempêtes,

Renverfer les vieux troncs des chênes orgueilleux;.

Le fougueux Océan , tout écumant de rage.

Elever ju(qu‘au ciel fes flots ambitieux :

Mais jufqu'à cette nuit je n'ai point vu d’orage

Qui fît pleuvoir ainfi les flammes fur nos têtes.

Ou la guerre civile eft dans le firmament,

Ou le monde impudent met le ciel en colère,

Et le force à frapper les malheureux humains.

Cafca, n’as-tu rien vu de plus épouvantable ?

Un efclave, ( je crois qu’il eft connu de nous,)

A levé fa main gauche ; elle a flambé foudain, | Commefivingt flambeaux s’allumaient tous enfemble.

Sans que fa main brûlât, fans qu’il fentît les feux :

Q v. Bien plus, ( depuis ce tems j’ai ce fer à la main ) Un lion a paffe tout-près du Capitole ; Ses yeux étincelans fe font tournés fur moi; il s’en va fièrement, fans me faire de mal.

Cent femmes en ces lieux, immobiles , tremblantes5 Jurent qu’elles ont vu des hommes enflammés Parcourir fans brûler la ville épouvantée.

Le trifte & fombre oifeau qui préfide à la nuit, A dans Rome en plein jour pouflé ses cris funèbres. Croyez-moi, quand le ciel affemble fes prodiges. Gardons-nous d’en chercher d’inutiles raifons 3 Et de vouloir fonder les lois de la nature.

C'eft le ciel qui nous parle , & qui nous avertit.

Cicéron, Tous ces événemensparaifent effroyables :

Mais pour les expliquer chacun fuit fes penfées; On s’écarte du but en croyant le trouver., Cafca, Céfar demain vient-il au Capitole?

Il y viendra; fâchez qu'Antoine de fa part' Doit vous faire-avertir de vous y rendre auf.

CICERON Bon oir donc, cher Cafca ;les cieux chargés d'orages Ne nous permettent pas de demeurer : adieu. (il fort

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