CIMBER
Pour nous faire-approuver, les cheveux blancs fuf-
filent ; il gagnera des voix ; on dira que nos bras
(g) Y a-t-il rien plus beau que le fonds de ce difcours? il eft vrai que la grandeur eft un peu avilie par quelques idées un peu baffes ; mais toutes font naturelles & fortes, fans épithètes & fans langueur.
Ont Ont été dans ce jour guidés par fa prudence ; Notre âge jeune encore , & notre emportement, Trouveront un appui dans fa grave vieillese.
Non ; ne m’en parlez point, ne lui confiez rien. Il n’achève jamais ce qu’un autre commence.
Il prétend que tout vienne & dépende de lui.
Laiffons donc Cicéron.
Il nous fervirait mal.
Céfar eft-il le feul que nous devions frapper ?
Je crois qu’il ne faut pas qu'Antoine lui furvive : 11 eft trop dangereux ; vous (avez fes melures , II peut les pouffer loin; il peut nous perdre tous : Il faut le prévenir: que Céfar & lui meurent’
Cette (h ) courfe aux Romains paraîtrait trop fan-
glante :
On nous reprocherait la colère & l’envie, Si nous coupons la tête, & puis hachons les mem-
bres; Car Antoine n'ef rien qu’un membre de Céfar,
(A) Le mot courfe fait peut-être allufion à la courfe des Lupercales. Courfe fignifie auf fervice de plats fur table.
Théâtre. Tome IX, R Ne foyons point bouchers, mais facrificateurs. (i)
Qui voulons-nous punir ? c’ef l’efprit de Céfar. Mais dans l’efprit d’un homme on ne voit point de
fang.
Ah ! que ne pouvons nous, en puniffant cet homme 5 Exterminer l'efprit fans démembrer le corps ! Hélas! il faut qu’il meure. —-O généreux amis. Frappons avec audace, & non pas avec rage; Fefons de la victime un plat digne des Dieux , Non pas une carcafle aux chiens abandonnée :
Que nos cœurs aujourd’hui foient comme un maître
habile.
Qui fait par fes laquais commettre quelque crime , Et qui les gronde enfuite. Ainfi notre vengeance Paraîtra néceffaire , & non pas odieufe.
Nous ferons médecins, & non pas affaffins.
Ne penfons plus, amis, à frapper Marc-Antoine ; il ne peut, croyez-moi, rien de plus contre nous. Que le bras de Céfar, quand la tête ef coupée.
Cependant je le crains; je crains cette tendrelfe Qu’en fon cœur pour Céfar il porte enracinée.
Hélas! bon Caffius, ne le redoute point; S’il aime tant Céfar, il pourrait tout au plus S’en occuper, le plaindre , & peut-être mourir:
(i) Obfervez que c'eft ici un morceau des plus admirés fur le théâtre de Londres ; Pope & l’évêque JFarburton l’ont imprimé avec des guillemets , pour en faire mieux remarquer les beau? Cé$. Il eft traduit vers pour vers avec exactitude. Il ne le fera pas , car il ef trop livré Aux plaifirs , aux feftins , aux jeux , à la débauche,
TREBONIUS Non, il n’ef point à craindre, il ne faut point qu’il
meure ; Nous le verrons bientôt rire de tout ceci.
( On entend fonner l'horloge ; ce n'efl pas que les Romains
enflent des horloges fonnantes, mais le coftume cfl
obfervé ici comme dans tout le refle, )
Paix, comptons.
Vous voyez qu'il ef déjà trois heures.
Trebonius.
Il faut nous féparer. / :
Il eft douteux encore Si Céfar ofera venir au Capitole. " Il change, il s’abandonne aux fuperftitions.
Il ne méprife plus les revenans , les longes; Et l’on dirait qu’il croit à la religion. i L’horreur de cette nuit, ces effrayans prodiges, Les difcours des devins, les rêves des augures, Pourraient le détourner de marcher au fénat.
DECIUS Ne crains rien : fi telle eft fa réfolution, Je l’en ferai -changer.il aime tous les contes ; Il parle volontiers de la chaffe aux licornes;
Rij
il dit qu’avec du bois on prend ces animaux.
Qu’à l’aide d’un miroir on attrape les ours ,
Et que dans des filets on faifit les lions ;
Mais les flatteurs , dit - il, font les filets des hom-
mes.
Je le loûrai fur-tout de haïr les flatteurs.
Il dira qu’il les hait, étant flatté lui-même, (k)
Je lui tendrai ce piège , & le gouvernerai.
J'engagerai Céfar àfortir fans rien craindre.
Allons tous le prier d’aller au Capitole.
BRUTUS
À huit heures, amis, à ce tems au plus tard.
N’y manquons pas, au moins, au plus tard à huit
heures.
Caïus-Ligarius veut du mal à Céfar :
Céfar, vous le favez, l’avait perfécuté.
Pour avoir noblement dit du bien de Pompée.
Pourquoi Ligarius n'eft-il pas avec nous ?
BRUTUS Va le trouver, Cimber;jele chéris, il m’aime: Qu’il vienne ; à nous fervir je faurai l’engager.
(k) L'évêque Warbutondans fon commentaire fur SkAkefpém dit que cela el adniciblemant imaginé.
R hj
L’aube du jour paraît ; nous vous laifons , Brutus, Amis, disperfez-vous : fongez à vos promefes ; Q'on reconnaifle en vous des Romains véritables#
Brutus.
Paraiffez gais , contens , mes braves gentils-hom-
mes ; ( Z) Gardez que vos regards trahi fient vos deffeins ; Imitez les acteurs du théâtre de Rome ; Ne vous rebutez point, foyez fermes , confans. Adieu , je donne à tous le bonjour , & partez.
( Lucius eft endormi dans un coin.) Hé, garçon! Lucius/ —il dort profondément.
Ah ! de ce doux fommeil goûte bien la rofée.
Tu n’as point en dormant de ces rêves cruels Dont notre inquiétude accable nos penfées.
Nous fommes agités ; ton ame eft en repos.