‹ Théátre complet de M. de Voltaire. 9Chapitre 172 sur 192 · CIMBER · texte numérisé non relu

CIMBER

Pour nous faire-approuver, les cheveux blancs fuf-

filent ; il gagnera des voix ; on dira que nos bras

(g) Y a-t-il rien plus beau que le fonds de ce difcours? il eft vrai que la grandeur eft un peu avilie par quelques idées un peu baffes ; mais toutes font naturelles & fortes, fans épithètes & fans langueur.

Ont Ont été dans ce jour guidés par fa prudence ; Notre âge jeune encore , & notre emportement, Trouveront un appui dans fa grave vieillese.

Non ; ne m’en parlez point, ne lui confiez rien. Il n’achève jamais ce qu’un autre commence.

Il prétend que tout vienne & dépende de lui.

Laiffons donc Cicéron.

Il nous fervirait mal.

Céfar eft-il le feul que nous devions frapper ?

Je crois qu’il ne faut pas qu'Antoine lui furvive : 11 eft trop dangereux ; vous (avez fes melures , II peut les pouffer loin; il peut nous perdre tous : Il faut le prévenir: que Céfar & lui meurent’

Cette (h ) courfe aux Romains paraîtrait trop fan-

glante :

On nous reprocherait la colère & l’envie, Si nous coupons la tête, & puis hachons les mem-

bres; Car Antoine n'ef rien qu’un membre de Céfar,

(A) Le mot courfe fait peut-être allufion à la courfe des Lupercales. Courfe fignifie auf fervice de plats fur table.

Théâtre. Tome IX, R Ne foyons point bouchers, mais facrificateurs. (i)

Qui voulons-nous punir ? c’ef l’efprit de Céfar. Mais dans l’efprit d’un homme on ne voit point de

fang.

Ah ! que ne pouvons nous, en puniffant cet homme 5 Exterminer l'efprit fans démembrer le corps ! Hélas! il faut qu’il meure. —-O généreux amis. Frappons avec audace, & non pas avec rage; Fefons de la victime un plat digne des Dieux , Non pas une carcafle aux chiens abandonnée :

Que nos cœurs aujourd’hui foient comme un maître

habile.

Qui fait par fes laquais commettre quelque crime , Et qui les gronde enfuite. Ainfi notre vengeance Paraîtra néceffaire , & non pas odieufe.

Nous ferons médecins, & non pas affaffins.

Ne penfons plus, amis, à frapper Marc-Antoine ; il ne peut, croyez-moi, rien de plus contre nous. Que le bras de Céfar, quand la tête ef coupée.

Cependant je le crains; je crains cette tendrelfe Qu’en fon cœur pour Céfar il porte enracinée.

Hélas! bon Caffius, ne le redoute point; S’il aime tant Céfar, il pourrait tout au plus S’en occuper, le plaindre , & peut-être mourir:

(i) Obfervez que c'eft ici un morceau des plus admirés fur le théâtre de Londres ; Pope & l’évêque JFarburton l’ont imprimé avec des guillemets , pour en faire mieux remarquer les beau? Cé$. Il eft traduit vers pour vers avec exactitude. Il ne le fera pas , car il ef trop livré Aux plaifirs , aux feftins , aux jeux , à la débauche,

TREBONIUS Non, il n’ef point à craindre, il ne faut point qu’il

meure ; Nous le verrons bientôt rire de tout ceci.

( On entend fonner l'horloge ; ce n'efl pas que les Romains

enflent des horloges fonnantes, mais le coftume cfl

obfervé ici comme dans tout le refle, )

Paix, comptons.

Vous voyez qu'il ef déjà trois heures.

Trebonius.

Il faut nous féparer. / :

Il eft douteux encore Si Céfar ofera venir au Capitole. " Il change, il s’abandonne aux fuperftitions.

Il ne méprife plus les revenans , les longes; Et l’on dirait qu’il croit à la religion. i L’horreur de cette nuit, ces effrayans prodiges, Les difcours des devins, les rêves des augures, Pourraient le détourner de marcher au fénat.

DECIUS Ne crains rien : fi telle eft fa réfolution, Je l’en ferai -changer.il aime tous les contes ; Il parle volontiers de la chaffe aux licornes;

Rij

il dit qu’avec du bois on prend ces animaux.

Qu’à l’aide d’un miroir on attrape les ours ,

Et que dans des filets on faifit les lions ;

Mais les flatteurs , dit - il, font les filets des hom-

mes.

Je le loûrai fur-tout de haïr les flatteurs.

Il dira qu’il les hait, étant flatté lui-même, (k)

Je lui tendrai ce piège , & le gouvernerai.

J'engagerai Céfar àfortir fans rien craindre.

Allons tous le prier d’aller au Capitole.

BRUTUS

À huit heures, amis, à ce tems au plus tard.

N’y manquons pas, au moins, au plus tard à huit

heures.

Caïus-Ligarius veut du mal à Céfar :

Céfar, vous le favez, l’avait perfécuté.

Pour avoir noblement dit du bien de Pompée.

Pourquoi Ligarius n'eft-il pas avec nous ?

BRUTUS Va le trouver, Cimber;jele chéris, il m’aime: Qu’il vienne ; à nous fervir je faurai l’engager.

(k) L'évêque Warbutondans fon commentaire fur SkAkefpém dit que cela el adniciblemant imaginé.

R hj

L’aube du jour paraît ; nous vous laifons , Brutus, Amis, disperfez-vous : fongez à vos promefes ; Q'on reconnaifle en vous des Romains véritables#

Brutus.

Paraiffez gais , contens , mes braves gentils-hom-

mes ; ( Z) Gardez que vos regards trahi fient vos deffeins ; Imitez les acteurs du théâtre de Rome ; Ne vous rebutez point, foyez fermes , confans. Adieu , je donne à tous le bonjour , & partez.

( Lucius eft endormi dans un coin.) Hé, garçon! Lucius/ —il dort profondément.

Ah ! de ce doux fommeil goûte bien la rofée.

Tu n’as point en dormant de ces rêves cruels Dont notre inquiétude accable nos penfées.

Nous fommes agités ; ton ame eft en repos.

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