SCENE IL
Les Conjurés, TREBONIUS
Q V E fait Antoine ?
TREBONIUS,
II fuit interdit, égaré; Il fuit dans fa maifon : pères , mères , enfans, L’effroi dans les regards, & les cris à la bouche, Penfent qu’ils font au jour du jugement dernier.
O deftin ! nous faurons bientôt tes volontés; On connaît qu’on mourra ; l’heure en eft inconnue On compte fur des jours dont le tems eft le maître.
Eh bien, lorqu'en mourant on perd vingt ans de vie 3 On ne perd que vingt ans de craintes de la mort.
Je l’avoue : ainfi donc la mort eft un bienfait ; Ainfi Céfar en nous a trouvé des amis ; Nous avons abrégé le tems qu’il eut à craindre. Arrêtez ; baiffons-nous fur le corps de Céfar ; Baignons tous dans fon fang nos mains jufques au
coude ; (c) Trempons-y nos poignards, & marchons à la place; Là , brandifant en l’air ces glaives fur nos têtes, Crions à haute voix : paix ! liberté ! franchife !
Baifons-nous , lavons-nous dans le fang de Céfar.
( ils trempent tous leurs épées dans le fang du mort, ) Cette fuperbe fcène un jour fera jouée Dans de nouveaux États en accens inconnus.
B R u t u s, Que de fois on verra Céfar fur les théâtres, Céfar mort & fanglant aux pieds du grand Pompé Ce Céfar fi fameux, plus vil que la pouffière!
Oui, lorfque Ton joûra cette pièce terrible.
Chacun nous nommera vengeurs de la patrie.
Ç) C'ef ici qu’on voit principalement l'efprit différent des nations. Cette horrible barbarie de Cafta ne ferait jamais tombée dans l'idée d'un auteur français ; nous ne voulons point qu’on enfanglante le théâtre , fi ce n'ef dans les occasions extraordinaires , dans lefquelles on fauve tant qu’on peut cette atrocité dégoûtante. )
Fin du troifieme & dernier Atte.
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