‹ Théátre complet de M. de Voltaire. 9Chapitre 183 sur 192 · BRUTUS, CASSIUS , CIMBER , DECIUS , CASCA · texte numérisé non relu

BRUTUS, CASSIUS , CIMBER , DECIUS , CASCA

CINNA, TREBONIUS, ANTOINE, LEPIDE , POPI-

LIUS , PUBLIUS , ARTEMIDORE, & un autre Devin f

CESAR à Vautre Devin, E H bien, nous avons donc ces ides A fatales?

Le Devin.

Oui, ce jour eft venu, mais il n’ef pas pafé.

ARTEMIDORE d'un autre côté.

Salut au grand Céfar : qu’il life ce mémoire.

DECIUS du côté oppofé.

Trébonius par moi vous en préfente un autre; Daignez le parcourir, quand vous aurez le tems.

ARTEMIDORE.

Lifez d’abord le mien ; il eft de conféquence ; Il vous touche de près. Lifez, noble Céfar.

César.

L’affaire me regarde ? elle eft donc la dernière.

ARTEMIDORE.

Eh , ne différez pas, lifez dès ce moment.

Je penfe qu’il eft fou.

P U B L I U S à Artemidore.

Allons, maraud, fais place.

Peut-on donner ici des placets dans les rues? Va-t-en au Capitole.

P OP ILI U S s'approchant de Cajous.

Ecoutez, Caffius ; Puiffe votre entreprife avoir un bon fuccès !

C A S S I U S étonné, Comment! quelle entreprife ?

Adieu, portez-vous bien.

B R U T U S à Cajous.

Que vous a dit tout-bas Popilius-Léna ?

Il parle de fuccès , & de notre entreprife.

Je crains que le projet n’ait été découvert.

Il aborde Céfar, il lui parle ; obfervons.

CASSIUS à Cafia, Sois donc prêt à frapper , de peur qu’on nous pré-

vienne.

Mais fi Céfar fait tout, qu’allons-nous devenir? Caflius à Céfar tournerait-il le dos ?

Non , j’aime mieux mourir.

C A S C A à Caffius,

Va, ne prends point d’alarme :

Popilius-Léna ne parle point de nous.,

Vois comme Céfar rit ; fon vifage eft le même»

C A s s i u s à Brutus.

Ah, que Trébonius agit adroitement !

Regarde bien, Brutus , comme il écarte Antoine.

Que Métellus commence, & que dès ce moment

Pour occuper Céfar , il lui donne un mémoire.

Brutus.

Le mémoire eft donné. Serrons-nous près de lui.

C I N N A à Cafca, Souviens-toi de frapper , & de donner l’exemple. 1 CESAR s'affied ici y & on fuppofe qu'ils font tous dans

la fille du fenat.

Eh bien , tout eft-il prêt ? eft-il quelques abus Que le fénat & moi nous puiffions corriger?

C I M B E R fe mettant à genoux devant Céfar, O très-grand, très-puiffant, très-redouté Céfar, Je mets très-humblement ma requête à vos pieds.

Cimber , je t’avertis que ces profternemens, Ces génuflexions , ces baffes flatteries , Peuvent fur un cœur faible avoir quelque pouvoir. Et changer quelquefois l’ordre éternel des chofes Dans l’efprit des enfans. Ne t’imagine pas Que le fang de Céfar puife fe fondre ainfi.

Les prières , les cris, les vaines fimagrées , Les airs d’un chien-couchant peuvent toucher un fot;

Mais Mais le cœur de Céfar rélifte à ces bafeffes. Par un jufte décret ton frère eft exilé.

Flatte , prie à genoux , & lèche-moi les pieds : (a) Va, je te rofferai comme un chien ; loin d’ici 2 Lorfque Céfar fait tort, il a toujours raifon.

C 1 M B E R en fe retournant vers les conjurés. N'eft-il point quelque voix plus forte que la mienne Qui puiffe mieux toucher l'oreille de Céfar, Et fléchir ion courroux en faveur de mon frère ?

B R U T U S en balfant la main de Céfar.

Je baife cette main, mais non par flatterie ; Je demande de toi que Publius Cimber Soit dans le même infant rappelé de l'exil.

César.

Quoi, Brutus !

Ah ! pardon , Céfar... Céfar , pardon Oui, Caffius s'abaiffe à te baifer les pieds, Pour obtenir de toi qu’on rappelle Cimber.

César.

On pourrait me fléchir, fi je vous reffemblais ; Qui ne faurait prier, réfiste à des prières.

Je fuis plus affermi que l’étoile du nord, Qui dans le firmament n’a point de compagnon (b) Confiant de fa nature, immobile comme elle.

Les vaftes deux font pleins d’étoiles innombrables* Ces aftres font de feu, tous font étincelans ;

(a) Traduit fidellement.

(b) Traduit avec la plus grande exactitude.

Théâtre. Tome IX. S Un feul ne change point, un feul garde fa place. Telle eft la terre entière; on y voit des mortels Tous de chair & de fang, tous formés pour la crainte. Dans leur nombre infini, fâchez qu’il n'eft qu’un

homme Qu’on ne puiffe ébranler, qui foit ferme en (on rang. Qui fâche réfifter , & cet homme c'ef moi.

Je veux vous faire-voir que je fuis inflexible : Tel je parus à tous quand je bannis Cimber; Et tel je veux paraître en ne pardonnant point.

Cimber.

O Céfar J

César.

Prétends-tu faire-ébranler l'Olympe ?

D E C i u S J genoux.

Grand Céfar/

César repoujfant Décius.

Va, Brunis en vain l’a demandé.

Ca SCA levant la robe de Céfar.

Poignards, parlez pour nous.

( Il le frappe ; les autres conjurés le fécondent. Céfar fe débat

contre eux, il marche en ch ne lant tout percé de coups

& vient jufqu auprès de Brutus, qui en détournant le corps

le frappe comme à regret. Céfar tombe , en s'écriant :

Et toi, Brutus, aufi?

Liberté ! liberté !

Cimber.

La tyrannie eft morte. Courons tous, & crions, liberté/ dans les rues,

Allez à la tribune, & criez liberté !

B R U T U S aux fénateurs & au peuple qui arrivent» Ne vous effrayez point, ne fuyez point, reftez. Peuple, l’ambition vient de payer fes dettes,

Brutus , à la tribune.

Et vous aufi , volez.

Brutus.

Où donc eff Publius ?

Il eff tout confondu;

Soyons fermes, unis ; les amis de Céfar Nous peuvent affaillir.

Brutus.

Non, ne m’en parlez pas; Ah ! c’eff vous, Publius ; allons , prenez courage, Soyez en fureté, vous n’avez rien à craindre, Ni vous , ni les Romains ; parlez au peuple, allez.

Publius, laifez-nous ; la foule qui s'empreffe Pourrait vous faire mal ; vous êtes faible & vieux,

Brutus.

Allez ; qu’aucun Romain ne prenne ici l’audace

S ij

De foutenir ce meurtre & de parler pour nous;

C’eft un droit qui n’eft dû qu’aux feuls vengeurs de

Rome.

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