‹ Théátre complet de M. de Voltaire. 9Chapitre 28 sur 192 · AVERTIS S E ME NT · texte numérisé non relu

AVERTIS S E ME NT

L e Roi a voulu donner à Madame la Dauphine une Fête qui ne fût pas feulement un de ces fpectacles pour les yeux, tels que toutes les nations peuvent les donner, & qui, paffant avec l’éclat qui les accompagne, ne laiffent après eux aucune trace. Il a commandé un fpectacle qui pût à-la-fois fervir d'amufement à la cour, & d’encouragement aux beaux arts, dont il fait que la culture contribue à la gloire de fon royaume. M. le duc de Richelieu , premier gentil-homme de la chambre, en exercice, a ordonné cette fête magnifique.

Il a fait-élever un théâtre de cinquante-fix pieds ‘ de profondeur dans le grand manège de Verfailles, & a fait conftruire une falle , dont les décorations & les embelliffemens font tellement ménagés ,que tout ce qui fert au fpe&acle doit s’enlever en une nuit, & laiffer la falle ornée pour un bal paré, qui doit former la fête du lendemain.

Le théâtre & les loges ont été conftruits avec la magnificence convenable, & avec le goût qu’on connaît depuis long-tems dans ceux qui ont dirigé ces préparatifs.

Th éâtre> To m, IX, C 50 AMORTISSEMENT.

On a voulu réunir fur ce théâtre tous les talens qui pourraient contribuer aux agrémens de la fête, & raflembler à-la-fois tous les charmes de la déclamation , de la danfe & de la mufique , afin que la perfonne auguite , à qui cette fête eft confacrée, pût connaître tout-d’un-coup les talens qui doivent être dorénavant employés à lui plaire.

On a donc voulu que celui qui a été chargé de compofer la fête fit un de ces ouvrages dramatiques ,où les divertifemens en mufique forment une partie du fujet , où la plailanterie fe mêle à l’héroique , & dans lefquels on voit un mélange de l’opéra , de la comédie & de la tragédie.

On n’a pu ni dû donner à ces trois genres toute leur étendue ; on s'eft efforcé feulement de réunir les talens de tous les artiftes qui fe diftinguent le plus, & l’unique mérite de l’auteur a été de fairevaloir celui des autres.

Il a choifi le lieu de la fcène fur les frontières de la Cafiille , & il en a fixé l’époque fous le Roi de France Charles V , Prince jufte , fage & heureux, contre lequel les Anglais ne purent prévaloir, qui secourut la Caftille , & qui lui donna un monarque.

Il eft vrai que l'hiftoire n’a pu fournir de femblables allégories pour l'Efpagne : car il y régnait alors un Prince cruel , à ce qu’on dit , & fa femme n’était point une héroïne dont les enfans fuffent des héros. Prefque tout l’ouvrage eft donc une fiction dans laquelle il a fallu s'affervir à introduire un peu de bouffonnerie , au milieu des plus grands intérêts, & des fêtes au milieu de la guerre.

Ce Divertiffement a été exécuté le 23 Février 1745 ? vers les fix heures du foir. Le Roi s'eft placé au milieu de la falle , environné de la Famille royale, des Princes & Princeffes de fon fang, & des Dames de la cour, qui formaient un fpectacle beaucoup plus beau que tous ceux qu’on pouvait leur donner.

Il eût été à defirer qu’un plus grand nombre de Français eût pu voir cette affemblée , tous les Princes de cette maifon qui eft fur le trône long-tems avant les plus anciennes du monde , cette foule de Dames parées de tous les ornemens qui font encore des chefs-d’œuvre du goût de la nation, & qui étaient effacés par elles ; enfin cette joie noble & décente qui occupait tous les cœurs , & qu’on lifait dans tous les yeux.

On eft forti du fpeâacle à neuf heures & demie, dans le même ordre qu’on était entré; alors

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on a trouvé toute la façade du palais & des écu: ries illuminée. La beauté de cette fête n’eft qu’une faible image de la joie d’une nation, qui voit réunir le fang de tant de Princes auxquels elle doit fon bonheur & fa gloire.

Sa Majesté, fatisfaite de tous les foins qu’on a pris pour lui plaire, a ordonné que ce fpectacle fût repréfente encore une fécondé fois. ecgekeatelgelgs, DE LA FÊTE POUR LE MARIAGE

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