‹ Théátre complet de M. de Voltaire. 9Chapitre 29 sur 192 · LE DAUPHIN · texte numérisé non relu

LE DAUPHIN

LE SOLEIL defiend dans fin-char € prononce csa

paroles,

L’Inventeur des beaux-arts , le Dieu de la lumière,

Defcend du haut des cieux dans le plus beau féjour

Qu’il puiffe contempler en fa vaste carrière.

La Gloire , l’Hymen & l’Amour,

Aftres charmans de cette cour ,

Y répandent plus de lumière

Que le flambeau du Dieu du jour.

J'envifage en ces lieux le bonheur de la France,

Dans ce Roi qui commande à tant de cœurs fournis ;

Mais tout Dieu que je fuis , & Dieu de l’éloquence.

Je reffemble à fes ennemis ,

Je fuis timide en fa préfence.

Faut-il qu’ayant tant d'affurance ,

Quand je fais-entendre fon nom ,

il ne m’infpiré ici que de la défiance ?

Tout grand-homme a de l’indulgence ,

Et tout héros aime Apollon.

Qui rend fon fiècle heureux, veut vivre en la mémoire;

Pour mériter Homère, Achille a combattu.

Ciij

Si l’on dédaignait trop la gloire ,

On chériroit peu la vertu.

( Tous les Acteurs bordent le théâtre , repré/entant les Mufes

& les Beaux-Arts. )

O vous qui lui rendez tant de divers hommages,

Vous qui le couronnez, & dont il ef l’appui,

N'efpérez pas pour vous avoir tous les fuffrages

Que vous réuniffez pour lui.

Je fçais que de la cour la fcience profonde

Serait de plaire à tout le monde ;

C'ef un art qu’on ignore'; & peut être les Dieux

En ont cédé l’honneur au maître de ces lieux.

Mufes, contentez-vous de chercher à lui plaire ,

Ne vantez point ici d’une voix téméraire

La douceur de fes lois, les efforts de fon bras;

Thémis, la Prudence & Bêlions

Conduifant fon cœur & fes pas ;

La bonté généreufe affife fur fon trône;

Le Rhin libre par lui , l’Efcaut épouvanté ,

Les Apennins fumans que fa foudre environne 3

Laifons ces entretiens à la postérité ,

Ces leçons à fon fils, cet exemple à la terre :

Vous graverez ailleurs dans les faites des tems

Tous ces terribles monumens ,

Dreffés par les mains de la guerre. *

Célébrez aujourd’hui l’hymen de fes Enfans ,

Déployez l’appareil de vos jeux innocens.

L’objet qu’on délirait , qu’on admire & qu’on aime,

Jette déjà fur vous des regards bienfefans :

On elt heureux fans vous ; mais le bonheur fuprême

Veut encor des amufemens.

Cueillez toutes les fleurs, & parez-en vos têtes ; 1 Mêlez'tous les plaifirs , unifiez tous les jeux, Souffrez le plaifant même ; il faut de tout aux fêtes , Et toujours les héros ne font pas férieux.

Enchantez un loifir , hélas ! trop peu durable. Ce peuple de guerriers , qui ne paraît qu’aimable , Vous écoute un moment , & revoie aux dangers. Leur maître en tous les tems veille fur la patrie. Les foins font éternels , ils confument la vie ;

Les plaifirs font trop pafagers.

Il n’en eft pas ainfi de la vertu folide ; Cet hymen l’éternife : il affure à jamais , A cette race augufte, à ce peuple intrépide.

Des victoires & des bienfaits.

Mufes , que votre zèle à mes ordres réponde.

Le cœur plein des Beautés dont cette cour abonde , Et que ce jour illufire affemble autour de moi , Je vais voler au ciel , à la fource féconde

De tous les charmes que je voi ;

Je vais , ainfi que votre Roi, Recommencer mon cours pour le bonheur du monde,

Fin du Prologue,

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