SCENE II
DON MORILLO et LEDUC DE FO IX
en jeune Officier à un coin du théâtre»
De Vautre , CONSTANCE ET LEONOR.
MORILO au duc de Foix, qu'il prend toujours pou?
.Alatnir.
O H ,oh, qu’eft-ce donc que j’entends?
La tante eft tutoyée? Ah, ma foi, je foupçonne Que cette tante-là n'eft pas de fes parens.
Alamir , mon ami, je crois que la friponne
Ayant fur moi du deffein ,
Pour renchérir fa perfonne,
Prit cette tante en chemin.
Le Duc de Foix.
Non , je ne le crois pas; elle paraît bien-née. La vertu, la nobleffe éclate en fes regards.
De nos troubles civils les funeftes hazards Près de votre château l’ont fans-doute amenée.
Parbleu dans mon château je prétends la garder;
En bon parent tu dois m’aider :
C'eft une bonne aubaine; & des nièces pareilles Se trouvent rarement, & m’iraient à merveilles» Gardez de les laiffer échapper de vos mains.
LEONORàla princeffe.
On parle ici de vous, & l’on a des deffeins,
Je réponds de leur complaifance.
( il s'avance vers la prince fie de Navarre. )
Madame, jamais mon château...
( au duc de Foix, ) Aide-moi donc un peu.
Le Duc de F o i x , ^as.
Ne vit rien de fi beau.
Ne vit rien de fi beau... Je fens en fa préfence
Un embarras tout nouveau ; Que veut dire cela ? je n’ai plus d'affurance.
Le Duc de Foix.
Son aspect en impofe, & fe fait-relpeéler.
A peine elle daigne écouter.
Ce maintien réfervé glace mon éloquence; Elle jette fur nous un regard bien altier !
Quels grands airs ! Allons donc, fers-moi de chan-
celier ; Explique-lui le relie, & touche un peu fon ame.
Le Duc de F oix.
Ah! que je le voudrais!.. Madame, Tout reconnaît ici vos fouveraines lois;
Le ciel, fans-doute , vous a faite
Pour en donner aux plus grands Rois. Mais du fein des grandeurs, on aime quelquefois
A fe cacher dans la retraite.
On dit que les Dieux autrefois Dans de fimples hameaux fe plaifaient à paraître :
On put fouvent les méconnaître; On ne peut fe méprendre aux charmes que je vois.
Quels difcours ampoulés! quel diable de langage ! Es-tu fou ?
LeDucdeFoix,
Je crains bien de n être pas trop sage.
( à Léoncr. ) Vous qui femblez la fœur de cet objet divin , De nos empreffemens daignez être attendrie ; Accordez un féal jour, ne partez que demain ; Ce jour, le plus heureux , le plus beau de ma
vie, Du refte de nos jours va régler le deftin.
( à Morillo. ) Je parle ici pour vous.
Eh bien, que dit la tante?
Je ne vous cache point que cette offre me tente : Mais, Madame , ma nièce....
MORILLOJ Léonor.
Oh , c’eft trop de raifon, A la fin, je ferai le maître en ma maifon. Ma tante, il faut fouper alors que l’on voyage;
Petites façons & grands airs,
A mon avis font des travers.
Humanifez un peu cette nièce fauvage.
Plus d’une Reine en mon château A couché dans la route, & l’a trouvé fort beau;
Constance.
Ces Reines voyageaient en des tems plus paifi-
bles ; Et vous favez quel trouble agite ces états.
A tous vos foins polis nos cœurs feront fenfibles : Mais nous partons ; daignez ne nous arrêter pas.
La petite obftinée ! Où courez-vous fi vite ?
Constance.
Au couvent.
MORILLO
Quelle idée, & quels trilles projets!
Pourquoi préférez-vous un aufi vilain gîte?
Qu’y pourriez-vous trouver ?