SANCHETTE, H E R N A N D
SANCHETTE
J E fuis au défepoir.
Qu’eft-ce qui vous déplaît,
Mademoifelle?
SANCHETTE
Votre maître.
H E R N A N De Vous déplaît-il beaucoup?
SANCHETTE
Beaucoup ; car c’eft un traître,
Ou du moins il ef prêt de l’être ;
il ne prend plus à moi nul intérêt.
Avant-hier, il vint, & je fus traufportée
De fon féduifant entretien ;
Hier il m’a beaucoup flattée,
A préfent il ne me dit rien.
Il court, ou je me trompe, après cette étrangère: Moi je cours après lui; tous mes pas font perdus ;
Et depuis qu’elle eft chez mon père,
il femble que je n’y fois plus.
Quelle eft donc cette femme & fi belle & fi fière,
Pour qui l’on fait tant de façons ? On va pour elle encor donner les violons,
Et c’eft ce qui me défefpère.
Elle va tout gâter,.. Mademoifelle , eh bien; Si vous me promettiez de n’en témoigner rien; D'être difcrette.
Sanchette.
Oh oui, je jure de me taire ; Pourvu que vous parliez.
Lefecret, le myftère Rend les plaifirs piquans.
Sanchette.
Je ne vois pas pourquoi
Mon maître, né galant, dont vous tournez la tête , Sans vous en avertir vous prépare une fête.
SANCHEETE.
Quoi, tous ces violons...
Sont tous pour vous.
Sanchette.
Pour moi !
N’en faites point femblant , gar dez un beau filence ; Vous verrez vingt Français entrer dans un moments
font parés fuperbement;
D iij ils parlent en chanfons , ils marchent en cadence 3
Et la joie ef leur élément.
SANCHETTE
Vingt beaux meffieurs Français ! j’en ai famé ravie ; J’eus, de voir des Français, toujours très-grande
envie :
Entreront-ils bientôt?
HERNAND.
Ils font dans le château.
SANCHETTE L’aimable nation ! que de galanterie !
HERNAND.
On vous donne un fpeâacle , un plaifir tout nou-
veau.
Ce que font les Français ef fi brillant, fi beau!
SANCHETTE
Eh, qu’eft-ce qu’un fpectacle ?
Une chofe charmante.
Quelquefois un fpectacle eft un mouvant tableau Où la nature agit,où Thiftoire eft parlante, Où les rois , les héros fortent de leur tombeau: Des mœurs des nations c’eft l’image vivante.
SANCHETTE
Je ne vous entends point.
Un fpectacle affez beau
Serait encore une fête galante ; C’eft un art tout français d’expliquer fes defirs. Par l’organe des jeux, par la voix des plaifirs. Un spectacle ef fur-tout un amoureux myftère 3 Pour courtifer Sanchette & tâcher de lui plaire,
Avant d'aller tout-uniment
Parler au baron votre père
De Notaire, d’engagement,
De fiançaille & de douaire.
Sanchette E.
Ah 1 je vous entends bien ; mais moi, que dois-je
faire ?
Rien.
Sanche TTE.
Comment, rien du tout ?
Le goût, la dignité
Confident dans la gravité , Dans l’art d’écouter tout finement fans rien dire ; D’approuver d’un regard , d’un gefte , d’un fourire.
Le feu dont mon maître foupire, Sous des noms empruntés, devant vous paraîtra;
Et l’adorable Sanchette,
Toujours tendre , toujours difcrette.
En filence triomphera.
Sanchette.
Je comprends fort peu tout cela ;
Mais je vous avoûrai que je fuis enchantée
De voir de beaux Français, & d’en être fêtée#
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