SCENE V I I I
constance,leonor, le duc de foix.
LEDUC de Foix.
J’ai fait ce que j’ai dù, l'exécutais votre ordre , & vous avez vaincu.
Constance.
Vous n'êtes point blefé ?
Le Duc de Foix.
Le ciel, le ciel propice De votre caufe en tout féconda la justice.
Puife un jour cette main, par de plus heureux coups,
A C T E S E C O N D. 109 De tous vos ennemis vous faire un facrifice ! Mais un de vos regards doit les défarmer tous.
Constance.
Hélas I du fort encor je refens le courroux ; De vous récompenfer il m’ôte la puifance.
Je ne puis qu’admirer cet excès de vaillance.
Le Duc de F o i x.
Non, c'eft moi qui vous dois de la reconnaifance. Vos yeux me regardaient ; je combattais pour vous:
Quelle plus belle récompenfe!
Constance.
Ce que j’entends, ce que je vois , Votre fort & le mien , vos dilcours, vos exploits5 Tout étonne mon ame; elle en eft confondue ; Quel deftin nous raffemble .& par quel noble effort. Par quelle grandeur-d'ame en ces lieux peu connue, Pour ma feule défenfe affrontiez-vous la mort?
Le DucdeFoix.
Eh, n'eft-ce pas affez que de vous avoir vue?
Constance.
Quoi, vous ne connaiffezni mon nom, ni mon fort;
Ni mes malheurs, ni ma naiffance?
Le Duc de F o i x.
Tout cela dans mon cœur eût-il été plus fort
Qu’un moment de votre préfence?
Constance»
Alamir, je vous dois ma jude confiance.
Après. des fervices fi grands.
Je fuis fille des Rois & du fang de Navarre 3
Mon fort eft cruel & bizarre :
Je fuyais ici deux tyrans :
Mais vous, de qui le bras protège l’innocence,
A votre tour daignez vous découvrir.
Le Duc de FO IX.
Le fort, jufte une fois , me fit pour vous fervir ;
Et ce bonheur me tient lieu de naiffance:
Quoi ! puis-je encor vous fecourir ?
Quels font ces deux tyrans de qui la violence
Vous perfécutait à-la-fois?
Don Pèdre elt le premier? Je brave fa vengeance. Mais l’autre, quel eft-il ?
Constance.
L’autre eft le duc de Foix.
Le Duc de Foix.
Ce duc de Foix qu’on dit & fi jufte &f tendre!
Eh, que pourrai-je contre lui ?
Constance.
Alamir, contre tous vous ferez mon appui; il cherche à m’enlever.
Le Duc de Foix.
Il cherche à vous défendre; On le dit, il le doit, & tout le prouve allez.
Constance Alamir! Et c'ett vous! c'eft vous qui l'excufez! Non ? je dois le haïr, fi vous le haiffez.
ACTE SECOND III Vous étant odieux, il doit l’être à lui-même ; Mais comment condamner un mortel qui vous aime? On dit que la vertu l'a gu feule enflammer:
S’il eft ainfi, grand Dieu , comme il doit vous aimer! On dit que devant vous il tremble de paraître. Que fes jours au remords font tous facritiés ;
On dit qu‘enfin,fi vous le connaiffiez.
Vous lui pardonneriez peut-être.
Constance.
C'eft vous feul que je veux connaître.
Parlez-moi de vous feul ; ne trompez plus mes vœux»
Le Duc de Foix.
Ah! daignez épargner un foldat malheureux; Ce que je fuis dément ce que je peux paraître.
Constance.
Vous êtes un héros, & vous le paraiffez.
Le Duc de Foix.
Mon lang me fait-rougir: il me condamne affez.
Constance.
Si votre fang eft d’une fource obfcure.
Il eft noble par vos vertus ,
Et des deftins j’effacerai l’injure.
Si vous êtes forti d’une fource plus pure, Je.... Mais vous êtes prince, & je n’en doute plus; Je n’en veux que l’aveu, le refte me l'affure :
Parlez.