LEONOR, S A N C H E T T E
SANCHETTE
V o u s ? vous êtes un traître;
Vous n’échapperez pas, & je prétends connaître Pour qui la fête était, qui vous trompiez des deux.
Le Duc de Foix.
Je n’ai trompé perfonne,& fi je fais des’vœux. Ces vœux font trop cachés, & tremblent de paraître» Ne jugez point de moi par ces frivoles jeux.
Une fête eft un hommage Que la galanterie, ou bien la vanité ,
Sans en prendre aucun avantage,
Quelquefois donne à la beauté.
Si j’aimais, fi j'olais m'abandonner aux flammes De cette pafion, vertu des grandes âmes, j'aimerais conftamment fans efpoir de retour ;
Je mêlerais dans le filence Lesplus profonds refpects au plus ardent amour. J’aimerais un objet d’une illuftre naiffance.
SANCHETTE, à part.
Mon père eft bon baron.
Un objet ingénu...; Je le fuis fort.
Le Duc de Foi x.
Doux , fier, éclairé, retenu, Qui joindrait fans effort l’esprit & l’innocence.
SANCHETTE, à part.
Eft-ce moi?
Le Dut deFoi x.
J’aimerais certain air de grandeur, Qui produit le repect fans infpirer la crainte, La beauté fans orgueil, la vertu fans contrainte, L’augufte majefté fur ce vifage empreinte,
Sous les voiles de la douceur.
SANCHETTE
De la majesté ? moi 1
Le Ducde F o i x.
Si j'écoutais mon cœur ; Si j’aimais, j’aimerais avec délicatefe.
Mais en brûlant avec tranfport;
Et je cacherais ma tendrefe.
Comme je dois cacher mes malheurs & mon fort.
Eh bien , connaiffez-vous la perfonne qu’il aime?
Constance^ Léonor.
Je ne me connais pas moi-même.
Mon cœur eil trop ému pour ofer vous parler.