SCÈNE PREMIÈRE
CONSTANCE, LÉONOR, HERNAND.
LÉONOR
QUEL eft notre deftin?
HERNAND.
Délivrance & victoire.
Constance.
Quoi ! Don-Pèdre eft défait ?
HERNAND.
Oui., rien ne peut tenir
Contre un peuple né pour la gloire ,
Pour vaincre & pour vous obéir.
On pourfuit les fuyards.
Constance.
Et le brave Alamir?
Madame on doit à fa per orne la moitié du fuccès que ce grand jour nous donne : invincible aux combats , comme avec vous fournis il vole à la mêlée auffi- Lien qu’aux aubades ;
il a traite nos ennen is
Comme il a traité les Alcades.
Fij Il eft en ce moment avec le duc de Foix , Dont nos foldats charmés célèbrent les exploits) Mais il penfe à vous feule, & pénétré de joie,
A vos pieds Alamir m'envoie 3 Et je fens, comme lui, les tranfports les plus doux 9
Qu’il ait deux fois vaincu pour vous.
Constance.
Je veux abfolument favoir de votre bouche....
Eh quoi, Madame ?
Constance.
Un fecret qui me touche ; Je veux favoir quel eft ce généreux guerrier.
Puis-Je parler , Madame , avec quelque affurance?
Constance.
Ah , parlez; eft-ce à lui de cacher fa naiffance ? Qu‘eft-il? répondez-moi.
C’eft un brave officier
Dont l’âme eft affez peu commune ;
Elle eft au-deffus de fon rang ;
Comme tant de Français, il prodigue fon fang :
Il fe ruine enfin pour faire fa fortune.
E la fera fans-doute.
Eh, quel eft fon projet? 2
F iij
D’être toujours votre fujet , D’aller à votre cour, d’y fervir avec zèle ; De combattre pour vous , de vivre & de mourir.
De vous voir , de vous obéir ,
Toujours généreux & fidèle ; Appartenir à vous eft tout ce qu’il prétend.
Constance.
Ah, le ciel lui devait un fort plus éclatant ! Rien qu’un fimple officier! mais dans cette occurrence
Quel parti prend le duc de Foix ?
Votre parti , le parti de la France ,
Le parti du meilleur des Rois.
Constance.
Que n'ofera-t-il point ? que va-t-il entreprendre ? Où va-t-il ?
A Burgos il doit bientôt fe rendre.
Je cours vers Alamir ; ne lui pourrai-je apprendre
Si mon meffage ef bien reçu?
Constance.
Allez ; & dites-lui que le cœur de Confiance
S'intéreffe à tant de vertu.
Plus encor qu’à ma délivrance.
*gae